mardi 20 novembre 2012

Anecdotiana du Bibliomane moderne : Le Bibliophile et sa servante.

Fréquemment on rencontre sur les quais des gens qui modifieraient volontiers le mot de Richard III et qui s'écriraient : "Un bouquin ! Un bouquin ! Mon royaume pour un bouquine !" Les "bouquineurs" sont les héros d'une foule d'anecdotes, en voici une qui vient d'être rééditée :

"Un célibataire frisant la cinquantaine était un amateur passionné de bouquins. Une vieille servante prenait soin de son intérieur. A force de ranger et d'épousseter la bibliothèque de son maître, Augustine fut prise d'une folle envie de lire. La voilà donc dépensant tous ses gages à s'acheter des livres.
"Et, chose curieuse, c'était aussi de vieux livres qu'elle lisait. Une après-midi, un peu avant le dîner, elle arrive avec un paquet d'ouvrages acquis à la "cour des Miracles et à la grande Truanderie des livres parisiens". Par curiosité, le maître feuillette les bouquins. Tout à coup, sa face s'illumine.
"- Combien as-tu payé ça ? dit-il en montrant un volume piqué outre mesure.
" - Quinze sous, répond Augustine.
" - Quinze sous ... Mais cet ouvrage vaut vingt mille francs, s'écria le bouquineur.
" Il réfléchit trop tard qu'il venait de dire une bêtise.
" En vain, il essaya de se reprendre.
" - Je te l'achète cinquante francs ? demanda-t-il.
" - Monsieur m'a dit qu'il valait vingt mille francs.
" Augustine était rusée. Le bouquineur alla jusqu'à 1.500 francs. C'était une première édition, très rare, de Montaigne. Il eut beau marchander, sa servante ne voulait pas rabattre un radis des 20.000 francs.
Cette somme était difficile à débourser ! La nuit, le bouquineur rêvait du Montaigne.
" Bientôt, il ne put plus résister. A tout prix, il lui fallait le bouquin.
" - Cette fille me soigne bien ; elle paraît avoir la même passion que moi, se dit-il un matin où il était plus obsédé que jamais. Pourquoi ne l'épouserais-je point ? J'aurais ainsi mon Montaigne.
" Et il se maria avec sa servante qui apportait un bouquine en dot."

Ainsi va la vie ...

Cette anecdote a été relevée dans la Gazette Bibliographique de la revue Le Livre, Bibliographie Moderne, livraison n°86 du 10 février 1887, pages 97-98, Octave Uzanne rédacteur en chef.

Nous ne savons ni la source, ni le conteur de cette historiette bien plaisante.

Si cette rubrique Anecdotiana vous plait, je vous en proposerai d'autres prochainement.

Bonne journée,
Bertrand Bibliomane moderne

9 commentaires:

Daniel a dit…

Un mariage à l'essais

Désolé
Daniel B.

Olivier a dit…

C'est bien dommage que les bouquineurs n'ait plus de servantes...
Olivier

Olivier a dit…

n'aient...

On pourrait imaginer que le bouquineur aurait parlé d'un mariage d'amitié "parce que c'était, parce que c'était moi" etc.
Olivier

Bertrand Hugonnard-Roche a dit…

Les servantes existent toujours Olivier ... mais elles ne bouquinent plus ... les maîtres non plus d'ailleurs j'en ai peur.

B.

Olivier a dit…

Un Lexomil Bertrand?
Olivier

Textor a dit…

Et dire que j'interdis à la femme de ménage de rentrer dans la bibliothèque de peur d'un coup de plumeau maladroit ! Je ne devrais pas, peut-être me rapporterait-elle des Montaigne ?

Anonyme a dit…

Peut-être bien qu'ensuite il fit relier le Montaigne avec la peau de sa nouvelle femme, puisqu'il semble n'en pas faire grand cas. Une pierre. Deux coups.

Ph. D.

Anonyme a dit…

ça me rappelle fortement l'intrigue d'Autodafé d'Elias Canetti. Mais ça finit moins biens dans mon souvenir.
Yann

Anonyme a dit…

* bien ( désolé)

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