samedi 24 novembre 2012

Ce qu'est un livre rare à l'aube du XXIe siècle : Nouvelle méthode pour prendre copie de toutes les écritures par un procédé extrêmement simple. Hambourg, P.F. Fauche, 1796.

Qu'est-ce qu'un livre rare à l'aube du XXIe siècle ? Les Fables de La Fontaine illustrées par Oudry en maroquin d'époque ? Il en passe allègrement une bonne dizaines d'exemplaires par an en salle des ventes ou chez les libraires à gros budgets. Un incunable à figures sur bois en reliure de l'époque estampée à froid ? C'est plus rare mais ça se trouve si on n'est pas trop difficile sur le contenu (mais les bibliophiles ne lisent pas c'est bien connu). Un illustré moderne avec peintures ou dessins originaux de Picasso, Chagall, Matisse, qui sais-je ? On en trouve en y mettant le prix ! Alors un livre vraiment rare, un livre qui frise l'introuvable, c'est quoi en ce début de XXIe siècle crisiforme mais néanmoins boulimique de beaux ouvrages ? C'est un livre qu'on ne trouve nulle part, ni chez les libraires en ligne, ni dans les dépôts publics, ni dans aucune librairie ancienne de France et de Navarre. Cela existe-t-il vraiment ? Quels livres sont concernés ? Combien ? Que peut-on savoir de derrière sa machine virtuelle ? Interroge-t-on Vialibri ? Rien. Interroge-t-on le Catalogue Collectif des Bibliothèques de France (CCfr) ? Rien. 

Interroge-t-on Google (le Messie) ? Rien. Interroge-t-on l'ensemble des ressources du net ? Rien. Rien. Rien. Quand on ne trouve rien, c'est sans aucun doute que le livre qu'on a sous les yeux et qui résiste à nos investigations est rare. On peut le dire. Je crois même qu'en l’occurrence on pourrait dire sans trop de forfanterie qu'il est rarissime (mot à n'utiliser qu'avec des pincettes ... sur le nez) ! Quid ? Quo ? Quod ? se serait écrié le Bibliophile Jacob reclus dans son grenier de l'Arsenal. Mais plus de Paul Lacroix pour répondre à nos interrogations légitimes. Il faut se débrouiller avec les outils à notre disposition. Evidemment il faudrait faire le tour de toutes les librairies de France et de Navarre pour savoir si notre exemplaire n'a pas niché entre deux poutres vermoulues ou entre deux rayonnages bancals, chez un libraire archaïque pour qui internet est une sorte de puits sans fonds qui reflète toute la misère du monde. Mais le pourrait-on vraiment qu'on n'userait pas notre énergie à cela. Rien, rien, rien ! Notre livre est décrété orbi et orbi RARISSIME ! Et qu'on vienne nous démontrer le contraire !

Mais quid au juste ? Parce que vous pensez bien que si je bredouille sur le sujet, c'est que j'ai matière à moudre.
This is it ! (Mickael si tu m'entends...)

Nouvelle méthode pour prendre copie de toutes les écritures par un procédé extrêmement simple.

Plaquette in-8 (20,5 x 13 cm) de 16 pages seulement ! Publiée à l'adresse d'Hambourg chez P. F. Fauche, imprimeur et libraire, en 1796.

Qu'est-ce au juste ? Pour faire court disons qu'il s'agit d'une méthode pour "polycopier" les documents manuscrits en un certain nombre d'exemplaires, tout en évitant d'utiliser la machine à cylindre, peu connue et alors fort coûteuse. L'auteur, resté anonyme, indique comme procéder, sans aucune construction mécanique, le tout de l'invention résidant dans une encre spécialement préparée et un papier particulier. La méthode est expliquée de manière tout à faire claire et pratique. Le tout en à peine plus d'une dizaine de pages.
Document à la fois très intéressant pour la science de la reproduction des documents et très agréable à lire.

Quo ? Quel est l'auteur de cette méthode ? Est-elle originale ? A-t-elle connue des applications ? Si je lis bien entre les lignes, c'est à quelque chose près la méthode de l'impression offset qui ne sera inventée que dans le début des années 1970 ! Nous serions donc ici en présence d'une sorte de pré-invention de l'offset (dénué de toutes les avancées technologiques qu'on connait bien évidemment) datant de 1796 ! Soit près de deux siècles d'avance sur l'heure ! ...
Alors ? Me suis-je trompé ? Ce livret n'est-il pas si rare ? N'est-il finalement pas si important du point de vue de l'histoire des sciences ? Nous attendons avec impatience les sentences irréfutables de nos experts es sciences que sont Bernard, Eric, etc.

Juste un mot pour finir. Cette plaquette avait été se perdre au fond d'une caisse de rebut ... livres incomplets, éternels trainards de la librairie ancienne qu'on abandonne aux chiens dans un coin de grange ... ma curiosité aura eu raison de cette petite chose insignifiante qui fait que finalement on est libraire-bibliophile ou bibliophile-libraire.

Bonne journée,
Bertrand Bibliomane moderne

5 commentaires:

Bibliothèque dauphinoise a dit…

J'aime ! et je comprends. Le régionalisme est plein de ces petites plaquettes introuvables,pour lesquelles c'est ensuite un véritable plaisir de les analyser, les décrypter, les situer dans leur temps ou leur sujet. Car, même pour la plus introuvable des plaquettes, il y a toujours un élément qui la rattache à son temps.
Pour le Dauphiné, le "must" est qu'elle soit introuvable dans le fonds dauphinois de la Bibliothèque Municipale de Grenoble. Il faut avouer que c'est difficile, car certains bibliophiles dauphinois du XIXe était des fureteurs comme on en fait plus (presque plus, devrais-je dire, pour preuve le message de Bertrand).
Jean-Marc

Textor a dit…

Il faut dire qu’inventer l’offset avec 200 ans d’avance, c’est un peu bête ; on comprend que les contemporains aient préféré jeter cette plaquette !

Ceci dit, les plaquettes non répertoriées sont assez fréquentes. J'ai rentré cet été 82 plaquettes sur l'hitoire de la Savoie reliées en quatre volumes par un érudit savoyard; sur le nombre, quatre résistent à mes recherches sur le net. Sont-elles rares pour autant ? ...

Textor

Daniel a dit…

J'ai cherché dans la Diderot il ne parle pas de l'encre sucrée, en revanche dans le larousse du XIXe T7, "(...) on fait aussi des encres dans lesquelles on ajoute du sulfate de cuivre, du sucre et du vinaigre, (...) le sucre rend l'encre plus fluide ce qui permet d'y ajouter une plus grande quantité de gomme, il la rend collante quand elle sèche de sorte que l'on peut prendre facilement copie de ce qui a été écrit à l'aide de papier sans colle, en mouillant avec une éponge, cette encre sucrée a reçu le nom d'encre à copier." Cette invention n'était pas tombée dans l'oubli et suffisamment connue pour apparaître en 1870 dans le Larousse. Je n'en ai plus un sous la main mais il faudrait voir dans l'Albert moderne si il n'y a pas une recette d'encre à copier identique ?

Merci Bertrand, lire ces articles sur l'encre était très intéressant. Serait il possible d'avoir copie photo du texte complet de la plaquette ?

Daniel B.

Bertrand Hugonnard-Roche a dit…

Je vais essayer d'en faire un PDF.

B.

sebV a dit…

Plutôt de la ronéotypie sans alcool que de l'offset, non ?

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