jeudi 5 juillet 2012

Souvenir de Léon Curmer (1801-1870), éditeur.


S'éloigne-t-on de la bibliophilie qu'aussitôt on s'en rapproche. Car au finale tout est lié. Lavoisier l'aurait dit autrement : Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Et c'est bien le cas ici.

Cher amis, vous souvenez-vous de l'excellent et émouvant billet consacré à Léon Curmer, éditeur émérite sinon de génie, par Thierry Couture, et publié dans nos colonnes en novembre dernier ? Léon Curmer (1801-1870) : éditeur célèbre, homme méconnu. Tel était le titre. On y apprenait beaucoup de choses, et notamment de nombreuses informations généalogiques recueillies par Thierry, passionné par le personnage. On pouvait également voir la sépulture familiale encore en place au cimetière de Montmartre. Je vous laisse relire cet article si vous ne nous lisiez pas alors ou si vous avez oublié. C'est ICI.

Depuis, le temps a passé, mais les grands esprits, tels que celui de Léon Curmer, ne s'oublient pas si rapidement. D'autant que Léon Curmer a eu descendance et qu'aujourd'hui encore, plusieurs personnes portent fièrement son nom. C'est le cas de Patricia. Patricia Curmer, qui nous écrit le petit mot suivant :

Chers amis,

J’avais vraiment le désir de nettoyer l’intérieur de la chapelle funéraire encombrée de feuilles mortes, cannettes, bouteilles et autres objets délicats ! Mais ne savait pas trop comment m’y prendre. Grâce à l’aide de Thierry, toujours plein de ressources, et qui m’avait donné l’adresse d’un marbrier/serrurier avenue Rachel à deux minutes du cimetière Montmartre, j’ai pris rendez-vous avec le patron de cette entreprise à l’heure du déjeuner (car les horaires ne sont pas commodes pour quelqu’un qui travaille à Asnières) et nous sommes partis ensemble en voiture sur les lieux. J’ai rencontré un homme compréhensif et serviable qui avec son ouvrier a forcé la porte de la chapelle avec un pied de biche ; et ce sans trop de difficulté - mais je pense aussi avec l’aide du ciel … - Mais le plus gros restait à faire et le samedi suivant, armée d’un balai acheté avenue de Clichy, gantée de caoutchouc, et munie de grands sacs poubelles j’ai bravé la poussière des siècles, les araignées, l’humidité … J’ai nettoyé les deux masques funéraires qui sont en bonn état comme vous pouvez le voir sur les photos. J’ai trouvé sur place une petite balayette bien décatie mais qui peut faire encore de l’usage et qui prouve qu’une main délicate se rendait dans la chapelle pour l’entretenir et honorer la mémoire de Léon Curmer. J’ai trouvé également sur place  le reste d'un tableau, c'est-à-dire le cadre bien abimé et qui est parti à la poubelle car irrécupérable ; et une image pieuse à la mémoire de Anne-Catherine la première femme de Léon. Voilà, je suis heureuse d’avoir pu ainsi rendre hommage à mon ancêtre mais ce qui m’ennuie c’est que les vols dans les cimetières sont de plus en plus nombreux. Je suis tombée la semaine dernière sur un article du Figaro qui racontait les pillages au cimetière du Père Lachaise. La porte de la chapelle Curmer n’est pas battante mais d’un coup d’épaule on peut rentrer à l’intérieur … et voler le crucifix qui est tout rouillé et les deux masques. On ne peut mettre une serrure sur une porte rouillée. La seule chose à envisager est de percer un trou dans le mur et mettre un cadenas. Bien amicalement.

Patricia Curmer

Émouvant témoignage. Je comprends tout à fait cette envie de rendre à son ancêtre l'honneur qui lui est dû. De mon côté je dois bien reconnaître que la mémoire de Léon Curmer ne me laisse pas indifférent, bien que je ne sois attaché à lui que par des Saintes Évangiles polychromes, une Imitation de Jésus-Christ et les volumes, tout aussi polychromes des Français peints par eux-mêmes. Curmer était de ces géants de l'édition du XIXe siècle industrialisé qui ont fait du livre ce qu'il est aujourd'hui : un bien tout à la fois luxueux, précieux et démocratique.

Je vous laisse en compagnie de quelques photographies prises dans la sépulture de Léon Curmer par Patricia.









PS : si vous allez au cimetière Montmartre, armés de bonnes ou de mauvaises intentions, dans tous les cas, n'y cherchez pas les masques mortuaires cités ci-dessus, ils sont désormais en lieu sûr. Il le fallait.

Bonne soirée,
Bertrand Bibliomane moderne

1 commentaire:

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Il ne fallait effectivement pas laisser les deux sculptures sur place : elles auraient été volées comme toutes les autres,en pierre, en marbre ou en bronze, en province comme à Paris, dans les jardins ou monuments publics, comme dans les cimetières ... époque où on ne respecte plus grand chose, par manque d'éducation et d'instruction.
Aujourd'hui, plus qu'autrefois,il ne faut pas que les bibliophiles disparaissent.

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