lundi 13 juin 2011

Connaissance de la reliure par l'image : une reliure de Simier relieur du Roi (1826).



Mémoire en faveur de la liberté des cultes par Alexandre Vinet.
Paris, Henry Servier, libraire, 1826.
De l'imprimerie de Crapelet.
Exemplaire imprimé sur papier vélin.


Une photographie vaut bien souvent mieux qu'un long discours. Voici une reliure signée de Simier relieur du Roi (*). Elle recouvre un ouvrage imprimé en 1826. C'est un volume in-8 (env. 22 x 13 cm). Elle est en plein maroquin à grain long bleu nuit, plats richement décorés à la plaque à froid, encadrement d'un double-filet doré et grand filet doré en ovale au centre des plats (réalisé à la roulette... certainement très difficile à exécuter !). Dos orné de palettes à froids dans les caissons délimités par des faux-nerfs plats rehaussés de filets dorés, coupes guillochées aux extrémités seulement comme cela se pratiquait souvent à cette époque. Tranches dorées. La doublure intérieure est composée d'un recouvrement de maroquin d'environ 10 mm de largeur avec une roulette à froid et des filets dorés, les doublures et les gardes sont en papier peint gris mat. La reliure a visiblement été faite très peu de temps après l'impression du volume (1826 ou 1827). L'exemplaire qui vous est montré est conservé à l'état de neuf absolu.


Outre la signature "SIMIER R(ELIEUR) DU ROI" poussée à l'or en pied du dos, on trouve au verso de la première garde l'étiquette en papier "Simier, Relieur du Roi, Rue St Honoré, N°152, à Paris" (ovale d'environ 21 x 13 mm).

Bonne soirée,
Bertrand Bibliomane moderne


(*) Les Simier, "relieurs du roi" - Le nom de Simier sonnait à l’oreille des bibliophiles du XIX e siècle un peu comme celui de Bertillon à celle des gourmets d’aujourd’hui ! René Simier (1772-1843) fut en effet, avec Thouvenin et Purgold, le grand nom de la reliure de la Restauration. Son fils Alphonse (1796-1859), prenant en 1823 la tête de l’atelier du 152, rue Saint-Honoré, perpétua le renom de la maison jusqu’en 1848. Né à Téloché (Sarthe) le 20 mai 1772, fils d’un meunier, René Simier débuta comme ouvrier dans l’imprimerie mancelle de Maudet. « Monté » à Paris, il se mit à son compte, sans doute vers 1800. Son atelier acquit rapidement de la notoriété puisque Simier reçut le titre de relieur de l’Impératrice Marie-Louise puis, à la Restauration, celui de « relieur du roi ». La maison Simier qui comptait, en 1827, 25 ouvriers ou ouvrières travailla, à côté de la production courante, pour des bibliophiles exigeants comme la duchesse de Berry ou le négociant languedocien Louis Médard. En qualité de relieurs du roi, les Simier honorèrent des commandes officielles comme la reliure des ouvrages placés dans la statue de Henri IV rétablie sur le Pont-Neuf en 1818, ou bien celle des livres échangés en 1834 entre les Chambres françaises et le Parlement anglais. La production des Simier qui fut récompensée de nombreuses fois lors des expositions industrielles, étaient d’une rare perfection technique. À l’aise dans tous les types de décor, les Simier jouèrent un rôle moteur dans les évolutions stylistiques et techniques du temps. René Simier, couvert de gloire à Paris, n’oublia pas sa Sarthe natale. En 1821, il acheta la propriété des Caves à Yvré-l’Évêque sur laquelle il fit construire une maison de maître. Lorsqu’il quitta définitivement les affaires, c’est là qu’il se retira. Il y mourut le 19 août 1843. On notera que deux autres relieurs portèrent le nom de Simier : Louis Germain, : ce relieur qui avait fait faillite au Mans en 1827, fit une carrière honorable à Paris. Ayant épousé une parente de Simier, il chercha à capter à son profit l’image de marque de la prestigieuse maison en signant ses reliures « Germain-Simier » Jean Simier, natif d’Yvré l’évêque, était le neveu de René Simier. Il s’installa à Paris en 1844. La bibliothèque du Mans, souhaitant honorer la mémoire de cette famille de grands artisans sarthois, acquit en 2003 une somptueuse reliure de René Simier sur un album aux armes de la duchesse de Berry. En 2005, elle a acheté deux nouvelles pièces, portant à 6 le nombre des reliures de René, Alphonse ou Jean Simier conservées dans ses collections : une demi-reliure en maroquin rouge sur une édition du comte de Tressan, un Académicien né au Mans, une reliure avec un beau décor à la plaque de Jean Simier sur un rapport de l’Exposition régionale du Mans de 1857, exposition au cours de laquelle Jean Simier reçut une distinction. La bibliothèque conserve également des papiers relatifs à cette famille, notamment une quarantaine de lettres autographes signées de René Simier. (Source Médiathèque de la ville du Mans - En ligne : http://www.mediatheque.ville-lemans.fr/pages_statiques/pages/04_a_decouvrir/simier.htm , consulté le 13 juin 2011)

9 commentaires:

Textor a dit…

Arrghg ! Superbe!!! Si une photo vaut mieux qu'un long discours, un commentaire onomatopéique remplace un éloge panégyrique... Merci pour ce billet, Bertrand.

Anonyme a dit…

Ah, oui, c'est chouette.
Quelle classe, la petite étiquette ovale.
Bien à vous.
Sandrine.

calamar a dit…

est-ce qu'il y a quelque part un historique de l'atelier Simier (il y a l'article dans Arts et Métiers du Livre, de mémoire) ? qui parlerait de la suite... Petit, Thierry et Yseux.

Anonyme a dit…

Bonsoir,
Qu'est-ce qui permet de dire que l'ovale doré au centre des plats n'a pas été fait avec un seul fer (plaque ovale)? Quelques irrégularités?
Merci!

Anonyme a dit…

Oui, très bonne question, que je me suis posée dès le départ, en fait, on le distingue mal sur la photo, mais lorsqu'on a le nez dessus, on voit distinctement le raccord entre le début du tracé du filet et la jonction finale. C'est minime, peu visible, mais suffisant pour être certain qu'il s'agit d'un filet doré poussé à la roulette et non une plaque.

B.

Anonyme a dit…

Merci de la réponse!

Lauverjat a dit…

Même décor sur les plats sur les oeuvres de Destouches en 6 volumes, exemplaire de la bibliothèque de Lucien Gougy troisième partie, n°44, reproduit dans l'ouvrage deYves Devaux, L'univers de la Bibliophilie, Pygmalion, page 478.

Lauverjat

Bertrand a dit…

merci Lauverjat, je l'ai sous les yeux, effectivement, la plaque à froid qui a servi à décorer les plats est strictement identique, les décors et filets dorés changent cependant y compris sur les plats, les dos sont différents totalement.

B.

Bertrand a dit…

merci Lauverjat, je l'ai sous les yeux, effectivement, la plaque à froid qui a servi à décorer les plats est strictement identique, les décors et filets dorés changent cependant y compris sur les plats, les dos sont différents totalement.

B.

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