jeudi 30 juin 2011

Salon international du livre ancien, de l'estampe et du dessin, Grand Palais 2011 : Une jolie lettre de remerciement de Victor Hugo (2 juin 1879).


Photographie de Victor Hugo, format carte de visite,
non signée, papier albuminé, vers 1879-1880.


Le 29 avril dernier, il y a tout juste deux mois, j'étais sur les marches du Grand Palais, à Paris, à attendre fébrilement l'ouverture au public de la 23e édition (5e édition au Grand Palais) du Salon international du livre ancien, de l'estampe et du dessin. Des espoirs d'achats et de rencontres plein la tête, des milliers de livres à voir, des estampes, des dessins, et des autographes aussi...

Comme je l'ai déjà écrit ICI en guise de compte-rendu, cette année fut pour moi une belle année dans le sens où j'y ai vu de très beaux livres mais également parce que j'ai pu en acquérir quelques uns. La fête était donc déjà réussie dès le vendredi soir à la sortie, où, entre amis du livre, nous nous montrions nos "prises de guerre".

Mais le samedi devait me réserver encore son lot de belles surprises... car je ne vous avais pas tout dit...

J'avais atteint mon plafond de dépenses non autorisées par mon ministre des finances at home (et aussi chez ceux qui ne sont pas populaires sans raison si vous voyez de qui je veux parler...), bref, je regardais, vaguement, sans plus m'intéresser à grand chose ... c'était vital !! Et pourtant... si l'on ne devait choisir que ce qui est vital... donc ...

Mon regard se posant sur une étagère haute d'un libraire de province qui proposait uniquement des livres anciens et modernes, de belle qualité, s'arrêta sur tout autre chose... un cadre, simple baguette noire moderne, moche pour tout dire, et un mauvais reflet qui m'empêchait de voir ce qu'il avait d'encadré à l'intérieur. Je m'approchai donc pour pouvoir enfin voir qu'il s'agissait d'une lettre manuscrite avec au bas cette signature : Victor Hugo !

Évidemment là j'ai tout de suite pensé à mon banquier !! mon sang n'a fait qu'un tour ... mon porte-monnaie aussi !! D'un coup d’œil rapide je parcouru cette lettre et la pris en mains tout en tremblotant.

Après ce qu'il arriva c'est mon inconscient qui parla, je demandai au libraire en question à quel prix elle était affichée (le prix n'étant pas indiqué), et quelques minutes de négociation douce plus tard... la lettre et son cadre étaient emballées dans un sac cacheté estampillé SLAM.

Ensuite vient tout le processus de découverte de la lettre, du texte, de son histoire (qui reste à faire), de sa lecture et de sa relecture, sans s'en lasser.

A ce jour elle n'est pas encore encadrée de digne façon mais cela ne saurait tarder. Vient maintenant le temps des questions et des réponses. Les voici, quant aux premières :

Cette lettre est une lettre de remerciement que Victor Hugo écrit à un poëte qui lui a visiblement envoyé un exemplaire d'un recueil de poésies dans lequel un poème est dédié au Maître. Victor Hugo d'une manière qui ne tient qu'à lui, non seulement polie mais avec cet art de la rhétorique si particulier, exprime que l'auteur de ces vers a du talent : "Vous êtes le diable [double?] travailleur de la matière et de la pensée". Ce poète qui reste à ce jour inconnu le fut peut-être vraiment ? ou pas ... Qui était-il ? Quel est ce "noble poème" dédié à Victor Hugo dont l'édition date vraisemblablement soit de 1878 soit de 1879 ?

"Mon digne et cher concitoyen" indique certainement quelqu'un qu'il ne connaissait guère alors ? Qui n'aimerait pas recevoir ce bel encouragement de la part d'un écrivain tel que Victor Hugo, alors au fait de sa gloire ?

Que faisait Victor Hugo ce 2 juin 1879 ? à Paris. Il répondait à ses correspondants... et d'autres choses encore que je cherche à découvrir.

Voilà, je vous laisse maintenant en présence d'une copie numérique de cette lettre. Toutes vos suggestions seront les bienvenues concernant ce mystérieux correspondant du Maître.


Retranscription de la lettre :

"Paris 2 juin 1879
Mon digne et cher concitoyen, J’ai lu vos vers,
je vous remercie de me dédier ce noble poëme :

Il y a quelque inexpérience dans le détail ;
mais l’inspiration est haute et généreuse.
Ce que vous faites par le bras, vous le faites aussi par l’esprit.

Vous êtes le diable [double?] travailleur de la matière et de la pensée.
Je vous serre la main.

Victor Hugo"


Ce qui m'étonne le plus dans cette histoire c'est que cette lettre soit restée en place au Grand Palais depuis le jeudi soir jusqu'au samedi tard dans l'après-midi ... soit elle n'avait pas été "sortie" ... soit elle m'attendait ... j'aimerais croire par romantisme à la deuxième solution.

Et je ne peux m'empêcher de conclure ce billet en reprenant une des phrases de la lettre :

"Vous êtes le diable [double?] travailleur de la matière et de la pensée." (Victor Hugo, Paris, 2 juin 1879).

Bonne journée,
Bertrand Bibliomane moderne

Note : la lettre est écrite sur un papier vergé épais un peu jaune/bruni, d'origine anglaise, filigrané "original stair's mil(l) paper" ... elle n'a pas été postée (ni cachet ni timbre), il s'agit donc d'un billet qui aurait été remis en mains propres ou chose probable, glissé en guise de dédicace dans un volume. Traces de plis. Réparation au dos de la lettre. Petits manques de papier et déchirures dans les marges. Rousseurs.

23 commentaires:

Textor a dit…

Enigmatique comme courrier… Chelou, dirais-je même plus ! Avant de jeter le cadre, vérifiez tout de même si le nom du propriétaire n’est pas mentionné !
Une chose m’intrigue ; c’est l’usage du mot « concitoyen ». Moi, poète m’adressant à un autre poète, j’aurais dit « mon cher collègue » ou « mon cher confrère »… mais il est vrai que je ne suis pas Victor Hugo … pas encore, j’y travaille.
Le dictionnaire définit « concitoyen » par « Personne qui est de la même ville ». Où était Victor Hugo ce mois-là ? A Paris ? Cela limite le champ des investigations car, il n’a surement pas 2 poètes à Paris qui aient fait paraitre un tirage de leur œuvre ce mois-là précisement…
Textor Hugo.

Dominique P. a dit…

"Vous êtes le diable travailleur de la matière et de la pensée."
Le destinataire serait-il à la fois poète et sculpteur ? "Mon cher concitoyen" V. H. était bisontin. Je propose de rechercher un poète sculpteur franc-comtois...
Bonsoir
Dominique

Alain Marchiset a dit…

Cher Confrère,

Je pense éventuellement à Auguste Vacquerie, romantique mineur, admirateur passionné de Victor Hugo. Son frère Charles avait épousé Léopoldine Hugo, et on se souvient que les jeunes mariés périrent noyés dans la Seine en 1843. Auguste Vacquerie est mort en 1895. cf.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Auguste_Vacquerie

Bien cordialement

Alain Marchiset

Textor a dit…

Le message de VH est un peu trop formel pour être adressé à un membre de sa famille par alliance.
Mais je retiens l'dée de Dominique. Notre inconnu pourrait bien être bizontin.
T

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Le conseil municipal de Besançon venait de proposer, en mars,de donner son nom à une rue.Il était alors sénateur de la Seine.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

le papier vient de Guernesey

bertrand.bibliomane@gmail.com a dit…

Merci pour vos indications.

@Bibliophile Rhemus : as-tu une documentation sur papier au filigrane anglais ? Guernesey ? c'est quoi ta source ? Merci

B.

Olivier a dit…

Ce ne devait pas être très bon.
Et encore s'adressait-il à l'auteur... (son couvreur?)
Mais bon vu de Hugo...
Olivier

Textor a dit…

Cela devait être archinul, oui !
'Il y a quelque inexpérience dans le détail ;
mais l’inspiration est haute et généreuse'.
Je ne savais pas que Victor Hugo pouvait être aussi faux cul. il me déçois beaucoup !
T

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Me serais-je mal exprimé ?
Il n'y a jamais eu de fabrique de papier à Guernesey, mais Hugo y étant resté de nombreuses années en exil avant de rentrer à Paris, il a pu se servir en 1879 d'un bout de papier, dont il était grand consommateur, rapporté de Guernesey.

Pierre Bouillon a dit…

"Il y a quelque inexpérience dans le détail;" (...)
Disons-le tout net, Victor Hugo dit poliment que le poème est celui d'un amateur dont la meilleure qualité est de l'aduler:
"Mais l'inspiration est noble et généreuse." (...)
Quand il écrit "Vous êtes le diable travailleur de la matière et de la pensée" je pense à un sculpteur, mais surtout à un fondeur de bronze ou, plus probablement,à un fondeur de caractères d'imprimerie. Derrière le mot "diable" il y a une image d'enfer et de feu. Et quand il parle de travailleur "de la matière et de la pensée" j'y vois vraiment l'image d'un ouvrier d'imprimerie.
Pierre Bouillon

bertrand.bibliomane@gmail.com a dit…

"Ce que vous faites par le bras, vous le faites aussi par l’esprit.
Vous êtes le diable travailleur de la matière et de la pensée." m'avait aussi évoqué un sculpteur... j'avoue même avoir pensé un instant à Auguste Rodin... 39 ans en 1879 ... Rodin s'est-il adonné à la poésie ?

A suivre...

B.

Pierre Bouillon a dit…

Rodin...J'y ai pensé aussi,et je l'ai même espéré,mais le début de la lettre ("Mon digne et cher concitoyen")cadre mal,à mon avis,pour une lettre adressée à Rodin, dont la gloire commence.
Pierre B.

Pierre a dit…

Formule très faux-cul pour dire que le poème est nul. Même le destinataire a dû s'en douter ;-))
Un poète haltérophile, peut-être ?
Bel envoi.
Pierre

Daniel a dit…

"Ce que vous faites par le bras, vous le faites aussi par l’esprit."
Un typographe ou imprimeur ?

Daniel B.

olivier a dit…

J'ai même l'impression qu'il lui en veut. Lui parler de son inexpérience dans les lettres et sous-entendre qu'elle se répète dans son activité principale...
Marrant.
Rodin? Là par contre, il ne faut pas rêver.
Olivier

Anonyme a dit…

Je lis "Vous êtes le double travailleur..." et non le diable! C'est moins évocateur, mais Hugo met toujours un point sur les i.
Bravo pour ce superbe autographe.
Amitiés,
Yves

Dominique P. a dit…

Double ou diable, ça ne change guère le sens de la phrase...
IL faut chercher un sculpteur (ou un fondeur...)Franc-comtois).
Clessinger ("Femme piquée par un serpent") était natif de Besançon, c'était un ami de Gautier,il fréquentait chez la Présidente, mais a-t-il publié un recueil de poésie ?
Dominique

Bertrand a dit…

Vous avez peut-être raison Yves, "double" à la place de "diable", c'est moins fort, mais en même redonne un sens à cette double maîtrise de la matière (sculpture ?) et de la pensée (écriture).

En même temps, je trouve les jugements sévères quant à l'hypocrisie pressentie du maître ! en effet, pourquoi être hypocrite en idiquant "quelque inexpérience" ? et poursuivre par une telle louange : "Vous êtes le double travailleur de la matière et de la pensée." ? J'avoue que cela n'aurait guère de sens.

Personnellement je vous plutôt quelqu'un qui n'es pas connu comme poète, qui débute dans le genre sans doute, et pour lequel le maître a malgré tout quelque admiration pour son travail de la "matière" (sculpture ?).

PS : concernant le "mon cher et digne concitoyen" et le "je vous serre la main" final, ce sont toutes les deux des expressions de politesse communément employées dans ses courriers par V. H.

A suivre.

B.

Pierre Bouillon a dit…

On lit bien "double",pas "diable".Bien observé Yves.
Ma savante hypothèse basée sur le mot "diable" s'effondre ! :)
Pierre B.

Dominique P. a dit…

J'ai mal orthographié le nom du sculpteur Clésinger, il n'y a qu'un S.

Qarqache Mostafa a dit…

L originale du lettre chez moi
Plus deux autres lettres de lui meme ecriture en ancre noir
Mon tel 00212662196681

Qarqache Mostafa a dit…

La lettre en bon etat

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