samedi 16 février 2013

Charlotte Guillard (ca 1480-1557) VS Hubert-Martin Cazin (1724-1795) ... deux articles au sommet ... de la Revue Française d'Histoire du Livre (Société des Bibliophiles de Guyenne).


Deux tirés à part de la RFHL avec envois autographes ...
je ne vous dis que ça ! (sourire)

Le Bibliomane moderne est heureux de compter dans ses rangs de lecteurs-contributeurs, deux éminentes pointures es bibliographie : l’inénarrable Docteur Jean-Paul Fontaine, docteur es Cazinophilie (et tenancier du blog Histoire de la Bibliophilie) et l'irremplaçable Textor (dont on taira ici le nom francisé pour ne lui laisser que sa particularité latine qu'il adore tant exhiber en public). Bref, deux amis du Bibliomane (moderne ou pas), qui se voient publiés ensemble dans le même numéro de la Revue Française d'Histoire du Livre (RFHL pour les intimes). Jean-Paul Fontaine publie un article intitulé "Amateurs de petits formats, cazinophiles et valadophiles" tandis que notre ami Textor se penche (encore - pourrait-on dire dans un haussement d'épaule XIXeiste) sur le XVIe siècle et les us et coutumes de l'impression de livres par une femme engagée : A propos d'une traduction des Apophtegmes d'Erasme imprimée par Charlotte Guillard. Voici le résumé de ces deux intéressants articles. Le respect de la chronologie nous invite à commencer par Charlotte Guillard.

A propos d'une traduction des Apophtegmes d'Erasme imprimée par Charlotte Guillard

Résumé. - Les Apophtegmes d'Erasme, parus entre 1531 et 1535, firent l'objet d'une première traduction en français dès 1539, par Antoine Macault, dit l'Eslu Macault, valet de chambre de François Ier. Cette édition illustre la remarquable production de Charlotte Guillard, une des premières femmes imprimeurs, réputée pour la qualité de ses impressions et la correction de ses textes. L'auteur évoque le parcours de cette femme énergique, venue à diriger l'atelier du Soleil d'Or, la plus ancienne imprimerie parisienne. La présentation succincte de son catalogue permet de mieux comprendre en quoi les Apophtegmes ont un caractère insolite dans la politique éditoriale de Ch. Guillard : c'est un des trois seuls livres en français qu'elle ait publiés sur plus de deux cents. Il s'inscrit dans un mouvement culturel encouragé par le Roi qui veut asseoir la suprématie du français sur le latin et l'italien et qui finance un grand nombre de traductions. Trois éditions successives sortirent des presses du Soleil d'Or. La part prise par Ch. Guillard dans ce mouvement révèle une femme plus engagée qu'on a bien voulu le penser jusqu'à présent.

Amateurs de petits formats, cazinophiles et valadophiles

Résumé. - Devant le galvaudage du nom de Cazin depuis la seconde moitié du XIXe siècle, il était devenu indispensable de revoir la vie et les éditions du célèbre libraire parisien d'origine rémoise Hubert-Martin Cazin (1724-1795), héritier de la collection dans le petit format in-18 de l'imprimeur parisien Jacques-François Valade (v.1727-1784). L'étude de nouveaux documents et l’utilisation des méthodes de bibliographie matérielle ont facilité l'identification des éditions in-18 valadiennes et des autres éditions anonymes dans tous les petits formats, qui, elles, restent encore à identifier pour la plupart.

En guise de rappel, la Société des Bibliophiles de Guyenne (qui édite la Revue Française d'Histoire du Livre) a été fondée le 7 février 1866 par Jules Delpit, Gustave Brunet, Reinhold Dezeimeris, Henri Barckhausen et Philippe Tamizey de Larroque. Elle a été reconnue comme établissement d'utilité publique par décret du 3 octobre 1974, à l'initiative de Raymond Darricau, président de 1973 à 1992.

Le but de l'association est "de promouvoir l'art, la science et l'amour du livre comme instrument de civilisation et comme expression de la vie culturelle française, de faciliter la connaissance du livre en contribuant, sous toutes les formes qui seront reconnues utiles, au développement des études et recherches s'y rapportant" (article 1 des statuts).


Marque de la Société des Bibliophiles de Guyenne

Quelques renseignements pratiques si vous souhaitez les contacter et pourquoi pas devenir membre : Société des Bibliophiles de Guyenne, Bibliothèque de Bordeaux, 7, rue du Corps Franc Pommiès, 33075 BORBEAUX CEDEX. Téléphone et fax : 05 56 989 645 - Courriel : SBD@wanadoo.fr - Site internet : http://sbg1866.canalblog.com

L'avis du Bibliomane : Lorsque je suis entré en Bibliopolis il y a une vingtaine d'années maintenant (oui je sais j'étais très jeune ... et en plus je ne fais pas mon âge), la RFHL a été l'une de mes premières sources de "savoir" bibliophilique. Je me souviens encore de la lecture passionnante des 2 numéros spéciaux consacrés aux reliures anciennes ; les nombreuses recherches bibliographiques sur Montaigne, Montesquieu, etc. Je me souviens que cette revue tenait alors une place importante dans ma vie de "jeune bibliophile". Que de lectures passionnantes ! et de relectures enrichissantes ! Le seul inconvénient de cette revue : son poids ! (car imprimée sur un beau papier couché kaolinisé au maximum) mais c'est à vrai dire un défaut bien mineur comparé à toutes ses autres qualités. Je n'ai jamais adhéré à cette Société de Bibliophiles et pourtant j'en ai eu plusieurs fois l'envie à l'époque. Désormais, moins bibliophile, moins bibliomane sans doute (encore que), plus concentré sur le XIXe siècle littéraire, je conserve malgré tout avec fruit tous ces précieux fascicules que je relis, parfois (souvent) au hasard de mes pérégrinations nocturnes dans les dédales de mon immense librairie (je blague ...).

Bonne soirée,
Bertrand Bibliomane moderne (mais plus si jeune que ça en fait quand on y pense ...)

8 commentaires:

Textor a dit…

Merci Bertrand pour ce compte-rendu ! Le hasard des publications nous a réuni, Jean-Paul et moi, dans deux registres très différents, encore que Charlotte Guillard éditait aussi des petits formats et que Cazin a publié l’Esprit de Montaigne ! … :)

La Société de Bibliophiles de Guyenne, animée par le latiniste Guillaume Flamerie de Lachapelle, Maitre de Conférence à l’université de Bordeaux 3 , est une société savante encore très active qui donne une conférence tous les mois. Les prochains rendez-vous :
- Jeudi 28 mars : Mme KOVACS : Autour du livre libertin et de la censure au XVIIIe siècle (Bertrand, il va falloir y assister !)
- Jeudi 11 avril : M. Louis TORCHET : Les incunables de la Bibliothèque de Bordeaux (J'y serais)
- Jeudi 16 mai : Mme Michelle NAHON : Martines de Pasqually à Bordeaux – Les prémisses de l’Illuminisme.

Textor

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Merci Bertrand !
Que puis-je ajouter à tout ce qui a été dit, et complété par Textor ?!

sandrine a dit…

Intéressant. En deux dates clés de cette société et un résumé efficace, je me sens comme des accointances avec ces gens, dont le site est ... efficace. On ne trouve pas de trace des revues éditées. Sans doute est-ce pour inciter à les contacter directement. je voudrais bien avoir un exemplaire dédicacé par Textor et M. Fontaine, qui m'avait gratifié d'un commentaire sur le port des couches culottes lors de la première publication du blog Reliure et autres explications...

Je n'imaginais pas que cela serait facile de pénétrer un monde d'hommes, même en étant aussi culottée que moi!

Mon souhait le plus cher ou mon voeux le plus pieux serait encore de vous rencontrez au salon des vieux papiers en Mars.
Bien à vous,
Sandrine. Bibliophile :-)

Guillaume a dit…

Bonjour,
Merci à tous pour vos commentaires (j'ai déjà eu l'occasion d'écrire directement à Bertrand et à Textor).

Deux précisions complémentaires:

- @ Sandrine: vous trouverez tous les sommaires précédents de la revue à l'adresse suivante (le lien donné dans l'article est celui du blog de la Société):

www.rfhl.org

vous y verrez aussi la biographie de quelques grandes figures de la Société, et un mini-glossaire autour du livre (encore très approximatif).

- je m'occupe seulement de la Revue, la Société est présidée par M. DROUIN, maître de conférences honoraire à l'Université de Bordeaux 3. Il est assisté par un Trésorier (Jean Michel Andrault) et un secrétaire général (Jean-Pierre Bordes) qui s'occupent notamment aussi, en parallèle, de l'organisation des deux salons du livre importants à Bordeaux (à l'automne et en janvier). Ils concourent plus que moi à la vie de la Société (vous me faites trop d'honneur, Textor).
Merci encore d'avoir pensé à notre Société, qui fêtera bientôt ses cent cinquante ans.

Guillaume (de Lachapelle)

Textor a dit…

Merci pour ces précisions, Guillaume.

L’activité des sociétés de bibliophilies me parait malheureusement faible en France, aujourd’hui , comparé à ce qui existe à l’étranger (le Grolier club par exemple ) ou ce qui a pu exister par le passé (les Bibliophiles contemporains, etc …). Peu de sociétés de bibliophiles sont pluridisciplinaires et orientées vers le livre ancien proprement dit. Beaucoup rééditent des textes rares ou réservent à leurs membres des exemplaires de luxe. Elles n’ont pas d’objectif pédagogique, me semble-t-il.

D’autres encore sont très fermées, adossées à une caste (les médecins-bibliophiles, les pharmaciens-bibliophiles, les bibliophiles du Palais, les bibliophiles normands, etc ) qui les rendent difficilement accessibles, sauf à commencer 7 ans de médecine …

C’est en cela que la Société des Bibliophiles de Guyenne se distingue. Ce dynamisme provient de la qualité de ses membres, sans doute, mais aussi au fait qu'ils poursuivent la publication d’une revue de bibliophilie, malgré le coût et les tracas que cela occasionne certainement. Il n’y a rien de tel qu’un challenge pour avancer.

Bien à vous
Textor

sandrine a dit…

Bonsoir,
Merci pour votre réponse.
Je vais aller voir cela de plus près.
Bien à vous,
Sandrine.

sandrine a dit…

je confirme qu'il n'y a aucun dynamisme en France pour les raisons que vous évoquez Textor.
Merci à vous, d'ailleurs d'être aussi clair dans votre approche et dans vos articles. Une grande source de connaissance pour moi.

je me débats pour faire reconnaître la reliure comme une partie entière de la bibliophilie avec des régles précises et des gestes, un vocabulaire qui correspond à des moments et des moeurs de la société et qui a ses spécialistes comme moi, férue de culture et de curiosités.
Avec mon petit CAP en poche depuis 15 ans (1998), je n'ai pu que constater les mondanités, parfois utiles, mais, aussi combien déprimantes, avec lesquelles j'ai été traitée. Une femme qui plus est qui ne sort de nullepart et avec un CAP d'ouvrier relieur ...

Je n'ai rien de plus à ajouter si ce n'est que le cloisonnement universitaire, scientifique, élitiste et artisanale, chacun dans son bocal, a produit le délitement que nous connaissons aujourd'hui.

Ah bah, oui, je n'ai jamais été modérée. Et franchement cela m'ennuie profondemment.

Bien à vous,
Sandrine.

Textor a dit…

Sandrine, merci pour votre témoignage. Si cela peut vous rassurer, Padeloup n'avait même pas de CAP! :)
T

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