jeudi 7 février 2013

Des maroquins et des cadres ... vides ! L'homme moderne reste impavide ...


Je suivais hier (fashion oblige) une vente aux enchères via Drouot Live. Confortablement installé sur ma chaise paillée (le fauteuil plein cuir ce sera pour plus tard) j'attendais de voir ce qu'allait donner la vente du fonds d'atelier Luc Lafnet (1899-1939), artiste peintre, illustrateur, dont nous avons déjà parlé ici en ce qui concerne l'aspect curiosa de son oeuvre. Une vente somme toute raisonnable avec des petits prix pour des oeuvres graphiques : n'est pas Picasso qui veut ! Notez bien que j'aurais tout aussi bien pu écrire : n'est pas Soulages qui veut ! (mais comme je n'aime pas le noir ... les goûts et les couleurs hein ...)
Bref, le fonds Lafnet n'a pas réservé de surprises pour l'amateur de curiosa, parce qu'il n'y en avait pas. Lafnet s'est visiblement essayé au cubisme, à l'art abstrait, à la nature morte, au genre Bosch aussi (mes deux toiles préférées ... évidemment celles qui sont parties les plus cher ...). Passons.
Cette vente était un peu fourre-tout, de l'art dans tous ses états. Resté connecté "pour voir" et jetant un oeil de temps à autre, j'ai été happé par la vente d'une série de cadres ... vides ! C'est sympa un cadre vide me direz-vous, on y met ce qu'on veut (ou ce qu'on peut), ça laisse de la place à l'imaginaire et l'imagination, quand il s'agit de vendre des cadres vides ... il en faut ! mais visiblement le commissaire-priseur était en veine, son imagination fertile se transmettait au public d'une façon tout à fait réjouie. Quel bonheur de vendre des cadres ... vides ... au prix de tableaux du XIXe voire du XVIIIe siècle, artistes anonymes ou pas, mais qui n'ont, visiblement, guère laissé plus de trace dans les esprits qu'un cadre ... vide.
Bref, encore une fois, le client est roi. Cela m'a simplement fait penser qu'il serait peut-être sage d'envisager pour les quelques décennies à venir de faire un stock de maroquins ... vides !  (ah le voilà le lien avec la bibliophilie que vous cherchiez désespérément). Des maroquins aux armes de Marie-Antoinette ... vides ! aux armes de Louis XVI ... vides ! au chiffre du Dauphin ... vides ? des maroquins ... vides ! Ah la belle idée ... à creuser.

Je vous laisse constater de visu quelques adjudications judicieuses et ... vides ... de sens (pour moi tout moins). Avis que je suis fort marri de partager avec moi-même quand je pouvais constater quelques numéros plus loin dans la vente, qu'un tableau fort joli, encadré ! ... faisait le même prix qu'un cadre ... vide ! ramenant ainsi le travail et la création de l'artiste à du ... vide !


a fait plus que 800 euros ... enchères internet
(parce que sur internet aussi les enchérisseurs aiment le vide...)



vide ! (plus le vide est petit ... plus c'est cher ... enfin pas toujours)



pas vide ! (belles toiles ... au prix du ... vide !)


J'ai toujours pensé que notre société n'était qu'une vaste fumisterie mais là ... je dois bien avouer que ça me ... comment dire ... je vous laisse trouver mes mots.

Bonne journée,
Bertrand (plus si Bibliomane que ça finalement)

7 commentaires:

calamar a dit…

c'est (encore un de plus !) domaine où je n'y connais pas grand chose, mais si j'ai bien compris les cadres anciens sont des choses fragiles, et relativement plus rares que les tableaux qu'ils encadraient. Une galerie qui veut valoriser une belle toile ancienne se doit de la présenter dans un cadre d'époque... ce qui suscite une grande demande, et donc des prix en rapport.

Bertrand Hugonnard-Roche a dit…

belle logique Calamar, je n'y avais pas pensé de la sorte ;-)

Je vais penser à conserver les emballages plastiques des prospectus... ;-)

B.

sebV a dit…

Patin nous décrivait déjà au XVIIème des bibliothèques de reliures vides : "M. E. a dans sa bibliothèque des dos de Livres, dont le titre portoit le nom de cet Auteur ; mais ce ne sont que des dos, mis exprès pour remplir un vuide, ou pour ceux qui les tirent, pensant que ce sont de véritables livres."

Daniel a dit…

Cher SebV excusez ma vulgarité mais nous ne sommes pas loin de la prostitution, il suffit de changer un mot ou de le supprimer " mis exprès pour remplir un vuide, ou pour ceux qui les tirent pensant que ce sont de véritables...", enfin l'avantage d'un cadre vide, c'est que l'on peut en sortir à volonté ;)plus sérieusement cela prouverait que le cadre est au tableau ce que la reliure est au livre, quel bibliophile ne s'est pas un jour laissé aller à acheter un livre nul, juste pour sa belle reliure ? son beau cadre ?

Daniel B.

Bertrand Hugonnard-Roche a dit…

Il existerait donc des proxénètes du livre ?? je n'ose y penser.

B.

Textor a dit…

Daniel a très bien exprimé ce que je m’apprêtais à dire. Quand on voit le prix auquel s’envole certains missels ou almanachs juste parce qu’il y a un maroquin autour, on n’est pas très loin du cadre vide !

Ceci dit, Bertrand, je ne voudrais pas paraitre rabat-joie en ce jour de la Ste Eugénie mais c’est faire injure au beau métier d’encadreur-doreur que de traiter leur art d’emballage cadeau. Il y a, par exemple, au Louvre de petit tableautins XVIème – je pense aux portraits de Corneille de Lyon et de ses suiveurs - qui sont magnifiquement encadrés et qui font que la peinture et le cadre se complètent et s’enrichissent mutuellement.

Textor

Bertrand Hugonnard-Roche a dit…

Ah mais attention Textor ! je n'ai rien contre les beaux cadres, au contraire, surtout lorsqu'ils servent à mettre en valeur ce qu'il y a à l'intérieur.

B.

LinkWithin

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...