samedi 19 mai 2012

Texte rare : L'Hostel des Ragousts (1670) ou 310 vers à la gloire des plaisirs de la table au siècle de Louis XIV.


Être bibliomane c’est lire ses livres ! Et je le soutiendrai jusqu’à ma mort. Mais je dirais que c’est aussi lire des livres que tout le monde ne lit pas. Je dirais même plus. C’est sans aucun doute lire surtout des livres que les autres ne lisent pas. Pas par esprit de forfanterie ou par esprit d’hautainisme (oui je sais le mot n’existe pas, et alors ?), non, simplement parce que le bibliomane a cette curiosité qui l’entraine sur les chemins de traverse, au risque même de s’y perdre, souvent. Et quand on est libraire et bibliomane, il faut lire ses livres en essayant de trouver un intérêt pour chacun des livres que l’on compte proposer à la vente. Le libraire est un commerçant, mais un commerçant qui doit au moins montrer qu’il s’intéresse un minimum aux produits qu’il vend. Alors il faut débusquer dans la moindre petite chose imprimée ou manuscrite, ce qui suscitera à coup sûr, de l’intérêt chez le futur lecteur. Car point de doute là-dessus, les livres vendus seront lus ! Ainsi soit-il !

L’avantage des vers sur la prose, comme dirait M. Jourdain, c’est qu’on ne peut pas en faire sans le savoir, encore que … peut-on tout au plus en faire quelques uns lâchés au cours d’une soirée pour impressionner une assemblée la plupart du temps soumise et conciliante. Mais vous voyez-vous déclamer trois cent dix vers à la suite ?! Et tous sur le même thème !? La bonne chère ! La mise au pinacle de la table d’Epicure ! Les fastes de Bacchus et de Comus réunis pour un soir ! Et pourtant cela s’est fait.

Vers le milieu du XVIIe siècle, du temps des Sévigné, des Rabutin et autres princes de Conti, pour ne parler que de ceux qui étaient de la fête (une majorité de la population à cette époque préférant bêtement patauger dans la boue des cours de fermes et autres marécages nauséabonds des Dombes ou du Morvan), un versificateur resté anonyme a donné trois cent dix vers consacrés à ses deux muses : La dive bouteille et la bonne chère des ragoûts.

On trouve cette longue pièce en vers dans un recueil de poésies des auteurs du temps publié à Paris en 1670 … Recueil de poésies de divers autheurs etc (Paris, Augustin Besoigne, 1670). Ce recueil a paru pour la première fois divisé en trois parties en 1655. Cependant on ne trouve pas cet Hostel des ragousts dans cette première éditions de 1655. Il a dû être ajouté ultérieurement à d’autres éditions parues entre ces deux dates. Ou alors il parait ici, en 1670, pour la première fois. C’est un point que je n’ai pas encore réussi à éclaircir.

Voici l’histoire :

« Un cabaret, à Paris, avait pris le nom par excellence d’Hostel des ragoûts. Je ne sais lequel ce pouvait être ; mais, d’après ce que nous avons appris, je croirais volontiers que c’était celui de la Guerbois (situé sur la butte St-Roch). Quel qu’il fût, on y faisait bonne chère, si bien qu’un chansonnier du temps ne trouva pas indigne de ses stances la description de l’ordre observé dans cette gourmanderie illustre. » in Histoire des hotelleries, cabarets, hôtels garnis, restaurants et cafés, et des anciennes communautés et confréries d’hôteliers, de marchands de vins, de restaurateurs, de limonadiers, etc., etc., par Francisque Michel et Edouard Fournier. Tome second, Paris, Librairie Seré, 1851. (*)

Voici ce long poème in extenso (pp. 47-57 de l’édition de 1670) : 


L’HOSTEL DES RAGOUSTS.
STANCES

1.L’Hoste, donne une table ronde,
2.Une nappe & douze couverts,
3.Et qu’aucun rimailleur de vers
4.Ne s’en approche & ne la tonde ;
5.A ce rond qui n’a point de bout,
6.La place d’honneur est par tout,
7.Tréve de la cérémonie,
8.Ne choquons point la volonté,
9.Que la contrainte soit bannie,
10.Et que chacun de nous vive en sa liberté.

11.Nous soûpirons plus pour Silvie,
12.Laissons ce beau titre d’Amant,
13.Ce soin qui gesne incessamment
14.Trouble l’estat de notre vie,
15.Puis l’image de ses appas
16.Nous vient troubler dans le repas ;
17.Et le nombre de ses merveilles,
18.Par une aimable illusion,
19.Se mettre parmy nos bouteilles.
20.Et nous invite à boire à cette passion.

21.Ces empressemens sont infames,
22.De s’atacher si fortement,
23.Qu’on n’aye pas un seul moment
24.Qu’on ne soit au cul de ses femmes :
25.L’amou legitime me plaist ;
26.Mais je trouve l’autre si laid,
27Et ses loix me sont si severes,
28.Que j’ay plaisir à oublier :
29.Si j’aime, j’ayme ces Commeres
30.Qu’on a coiffé de chanvre, & revestu d’ozier,

31.Ne charbonnons point la muraille ;
32.Ce n’est que le papier des foux,
33.Ou le registre des Filous,
34.Des gourmans & de la canaille ;
35.Garçon, apporte-nous du pain,
36.Donne de l’eau lavons la main ;
37.Je voy que l’Hoste s’achemine,
38.Il est midy, ça plaçons-nous ;
39.Ces bouteilles ont bonne mine,
40.Garçon, mets nous à part & ce gris & ce doux.

41.De cette machine sanglante
42.Nous pouvons faire un bon repas,
43.Mais qu’on ne nous refuse pas
44.Cette grande pièce tremblante ;
45.Bœuf, magazin de nos écots,
46.Donne la moëlle de tes os,
47.Le goust de ta chair étouffée,
48.De ta langue & de tes filets,
49.Te feront dresser un trophée,
50.Si pour le célébrer tu prestes tes palets.

51.Plats des plats le plus souhaitable.
52.Mais aussi le plat le plus cher
53.D’où l’avare n’ose opprocher
54.Que franc d’écot à nostre table ;
55.Ordonnée confusion
56.De précieuse expression,
57.Magnifique & riche assemblage
58.De jus, de crestes, d’intestins,
59.Placez-vous, parfumé potage,
60.Bisque pompeusement venez à nos festins.

61.Quintessence toûjous plaisante,
62.Beaume charmant de nostre cœur,
63.Brazier coulant, douce liqueur,
64.Boisson musquée & ravissante,
65.Source de liesse & d’appas,
66.Souverain Prince du repas,
67.Sucre, present de la Nature,
68.Beau Frontignan, que de mortels
69.Font de leurs corps ta sepulture,
70.Quand de mille biscuits ils ont fait tes Autels !

71.Foureau de graisse assez commune,
72.Belles entrailles de pourceau,
73.Joly pacquet, friand rouleau,
74.Tres-ravissant quand on déjeune,
75.Bien farcis d’anis & de thin,
76.Venez-vous-en de bon matin,
77.Vous trouverez chez nous la joye.
78.Des plus excellens Biberons ;
79.Aimables Andoüilles de Troye,
80.Venez, pour vous manger, nous vous dépoüillerons.

81.Epaisse liqueur de nos Vignes,
82.Beau mélange d’ingrediens,
83.Compagnes de morceaux friands,
84.Et de nos ragousts plus insignes
85.Impercevables petits grains,
86.Pardonnez-moy, si je me crains
87.D’un coup dont on ne prend pas garde,
88.Auquel vous estes destinez,
89.C’est en effet bonne moutarde,
90.Qu’il en est peu que vous ne preniez par le nez,

91.Orgueilleuse & belle éminence.
92.Superbes mets, Gigot fessu,
93.Present digne d’estre receu,
94.Glorieux Jambon de Mayence,
95.Admirable & riche aliment,
96.Des festins le bel ornement,
97.Jambons de Soule & de Bayonne,
98.A la façon des vieux Guerriers,
99.Suivez Bacchus, fuyez Bellonne.
100.Et venez nous trouver tous chargez de Lauriers.

101.Douce amertume de Provence
102.Surnageante & legere humeur,
103.Solide corps, verte liqueur,
104.Fruit pacifique, aimable essence,
105.Lenitif sacré des humains,
106.Qui rend nos corps souples & sains,
107.Olives & fermes & meures,
108.Boutons en cœur roulez chez nous,
109.Symboles de nos avantures,
110.Puis qu’on trouve chez nous & l’amer & le doux.

111.Innocent morceau de Village,
112.Que les Juifs ne mangent jamais,
113.Jeune animal, & tendre mets
114.De nopces & de compérage,
115.Petit grondeur, joly Pourceau,
116.Apporte-nous ta rousse peau,
117.Ton petit groin, tes deux oreilles,
118.Et de tes quatre pieds rostis
119.Faits de rages & des merveilles ;
120.Car sans toy nos festins ne sont point assortis.

121.Prémices de nos Jardinages,
122.Petits chefs-d’œuvres du Printemps,
123.Que mes yeux se trouvent contens,
124.Quand vous couronnez nos potages !
125.Poinçons molets & savoureux,
126.Doux javelots des amoureux,
127.Asperges les Reynes des herbes,
128.Qu’à plaisir nous vous épargnons,
129.Quand vous venez à belles gerbes
130.Vous placer sur la bisque en forme de rayons.

131.Toy qui rends nostre couche mole,
132.Qui de ta robe faits nos lits,
133.Et qui plus blanche que les Lys
134.Serviez de garde au Capitole ;
135.Toy qui donne aux Escrivains
136.Le leger meuble de leurs mains,
137.Accours & viens à nostre joye,
138.Oyseau d’un éternel caquet,
139.Te goustant, & ta petite oye,
140.Je diray que Monoye a fait tout ce banquet.

141.Belle farce de viande hachée,
142.Estuy plein d’épice & de chair,
143.Où l’artifice fait cacher
144.Une excellence dessechée
145.Gros Saucisson, fumé Boudin,
146.Puissant chable à tirer le vin,
147.Délicatesse bien aimée,
148.Beaux Cervelats tant desirez ;
149.Enfin, apres vostre fumée,
150.Nous sentons que vos feux nous ont bien alterez.

151.Ennemis de l’Agriculture,
152.Dangereuse production,
153.Visible malediction,
154.Poison caché de la Nature,
155.Potiron rouge, noir & blanc,
156.Corrupteur du foye & du sang,
157.Champignon qu’on ne sçait connestre,
158.Quand vous serez bien fricassez,
159.Qu’on vous jette par la fenestre,
160.Encor par des frians vous serez ramassez.

161.Fruit des fruits le plus agreable,
162.Pomme d’or, ouvrage des Cieux,
163.Fruit venu du banquet des Dieux,
164.Pour regner dessus nostre table ;
165.Admirable objet de nos sens,
166.Dont les ragoust si ravissans
167.Nous rendent de si bons offices,
168.Qu’ils raniment les demy-morts,
169.Pour arriver à nos délices,
170.Orange, venez nous donner nos passe-ports,

171.Gibier que pas un ne seconde,
172.D’un vol fier & précipité,
173.Venez à nostre gayeté
174.Dans ce repas ou tout abonde,
175.Nous benirons ce digne jour
176.Que vous fustes par nostre amour
177.Aussi bien volée que prises ;
178.Mais en Montjoye élevez-vous,
179.Grosses Perdrix rouges & grises,
180.Et vous rapporterez tout l’honneur des ragousts.

181.Il faudrait garder le silence,
182.Sur tout ne se vanter jamais,
183.De l’excellence de ces mets,
184.Que sont une si belle essence ;
185.La Nature & l’Art sont icy,
186.Pour soulager nostre soucy,
187.Les Veuves, les Femmes, les Filles,
188.Soûpirent pour ces alimens
189.Qui composent nos beatilles,
190.Comme les vrais témoins de leurs contentemens.

191.Unique, claire & nette glace,
192.Petit abregé de la Mer,
193.Où l’on ne voit jamais ramer
194.Que les cueillers de bonne grace,
195.Exquis aliment de cristal,
196.Elixir de maint animal,
197.Transparant bassin de gelée,
198.Riche miroir, approchez-vous,
199.Et paroissez dans la meslée
200.Le ragoust le plus beau & le plus sain de tous.

201.A ce glou glou de nos bouteilles,
202.Nous employons un riche temps ;
203.Mais pour être mieux écoutans,
204.Pourceau, preste nous tes oreilles,
205.Que ta bajoüe y soit aussi,
206.Que la fumée aye noircy ;
207.Preste nous aussi ton échine,
208.Tes saucisses & ton museau,
209.Les ragousts de nostre cuisine,
210.Ne sçauroient faire un pas säs tes pieds de Pourceau.

211.Nos machoires n’ont point d’entraves,
212.Ny nostre gosier interdit,
213.Mesme depuis qu’on nous a dit
214.Que c’est icy du Vin de Graves,
215.Je n’en voy pas d’ébahy
216.Depuis qu’on boit du Vin d’Ay ;
217.L’Hoste, est-ce point de Barsuraube,
218.Monsieur, c’est du clos d’Avenet,
219.Il est excellent, Dieu me saube,
220.Jamais Dieu bibans je n’en bis de si net.

221.Galimafrées succulentes,
222.Pots pourris, aigus Artichaux,
223.Vous ornemens de nos écots,
224.Tortües toûjours excellentes,
225.Ortolans, Tourtres, Perdreaux,
226.Lapreaux, Cailles, Faisandeaux,
227.Outardes, ravissante proye,
228.Eguillettes d’Harans sorets,
229.Vous luisant passement d’Enchoye,
230.Venez pour assortir nos plus riches banquets.

231.Petits habitans de montagnes
232.Qui vous paissez de serpolet,
233.Qui cachez sous un poil folet
234.Le meilleur morceau de campagne,
235.Venez petits Caprioleurs,
236.Vestus de vos grises couleurs,
237.Quittez la grotte souterraine,
238.Où vous courrez dix mille hazards,
239.Venez bons Lapins de Garene,
240.Pour éviter icy les ruses des Renards.

241.Familier aliment d’yvrogne,
242.Remede contre le dégoust,
243.Sublime pointe du ragoust,
244.Theriaque de la Gascogne,
245.Seul antidote des Manans,
246.Qui multipliez tous les ans,
247.Teste de feu, flame massive,
248.Aimant du blanc & du clairet,
249.Ail penetrant, fournaise vive,
250.Venez nous échauffer dedans le Cabaret.

251.Paste de lait, masse caillée,
252.Gasteau cremé, morceau Royal,
253.Superbe mets & sans égal,
254.D’une forme bien travaillée,
255.Belle figure du Soleil,
256.Goust ravissant & nompareil,
257.Volume sorty de la presse,
258.Formage qui s’anéantit,
259.Rocquefort, que je caresse,
260.Meule, viens t’en chez nous éguiser l’appétit.

261.Belle prise de nostre chasse,
262.Muraille faite sans ciment,
263.Prison de paste de froment,
264.Bastion fait de bonne grace,
265.Corps fuyard anatomisé,
266.Cachot dextrement déguisé,
267.Pasté, mobile sepulture,
268.Lièvre de goust-tres-rehaussé,
269.Fais-nous gouster un peu l’injure
270.Et le tort qu’on ta fait de t’avoir des-osse.

271.Toy qui porte laisse si forte,
272.Qui dans la bouë & les marets,
273.Avec tes fuzils & tes rets,
274.Te laisse prendre ou vive ou morte,
275.Que sans faire nos chiens roder,
276.Souffre qu’on te puisse brider,
277.Et t’enlever de bonne grace,
278.Pour faire juger de ton goust,
279.Viande noire, triste Becasse,
280.Viens avecque tes sœurs faire un nouveau ragoust.

281.Pour cette claire friandise,
282.De ce Medecin tant vanté,
283.Après avoir un peu chanté,
284.Nous en ferons plus d’une prise,
285.De cet Ypocras blanc & gris
286.Que chacun boive à sa Cloris,
287.Aussi bien la Crapule est faite,
288.J’apperçoy que les Plats sont nets,
289.Et que pour sonner la retraite
290.On vient de nous servir un bassin de cornets.

291.S’il restoit quelque chose à dire
292.Pour l’excellence du banquet,
293.Que sur la fin nostre caquet
294.Soit éloigné de la Satyre,
295.Encore qu’il soit bien permis
296.De railler un peu ses amis ;
297.Mais que ce soit de telle sorte,
298.Que le vin, ny la passion,
299.Ne nous trouble & ne nous emporte,
300.Et que le jugement fasse nostre action.

301.Parmy ces cheres magnifiques,
302.Mon cher Baron, je vous promets
303.Que je n’en puis gouster les mets :
304.Si j’y vois ces Academiques,
305.Ces Esprits à censurer tout
306.Ne furent jamais de mon goust.
307.Si mes vers sentent la Gascogne,
308.Et ne sont pas assez polis,
309.Je les dédie à quelque yvrogne,
310.Lequel rotant, dira, ces Vers sont bien jolis.

Evidemment cela paraîtra à la plupart d’entre vous d’un indigeste crasse voire désuet, mais il me paraissait amusant de reprendre dans son intégralité une pièce en vers aussi conséquente, entièrement tournée vers les arts de la table, qui plus est au XVIIe siècle, en sachant qu’à ma connaissance, ni Gérard Oberlé, ni Vicaire dans leurs si intéressantes bibliographies de la « bonne bouffe » n’en font mention. J’ai pu ne pas les voir, Gérard Oberlé, s’il nous lit, aura plaisir à me détromper et à nous donner son avis sur ces vers.

Je suis certain cependant que la mise en ligne des ces vers gourmands plaira à une petite minorité d’amateurs avertis de la question des plaisirs de bouche. Alors mon travail de recopiage n’aura pas été complètement inutile.

Bon appétit bien sur !
Bertrand Bibliomane moderne

(*) « N’allez pas croire que le cabaret de la Guerbois fût un cours permanent où la bonne chère ne servait que de prétexte à de doctes méditations. La gourmandise n’y était en aucune façon ni pédante ni gourmée. On y savourait avec théorie d’accord, mais on n’y mangeait aussi avec la vigueur d’un bon appétit pratique. Quelquefois même l’ivresse franche et joyeuse, l’ivresse du peuple, la bonne, pouvait s’y gagner ; et alors, vraiment, la noble taverne devenait aussi bruyante, aussi pleine de tumulte, de chants joyeux et de jurons que la plus triviale guinguette des faubourgs.
Un soir, le prince Henri de Bourbon, fils du grand Condé, y fit pareille débauche, avec quelques seigneurs ses familiers. Au dessert, tout le monde déraisonnait : les uns parlaient de la cour, les autres du théâtre ; les uns des dames de la reine, les autres des filles de la rue du Chantre ; ceux-ci de leurs valets, ceux-là de leurs chiens. Mais ce qui dominait le désordre de toutes ces conversations croisées, c’était une dissertation verbeuse de M. de Conti sur l’appétit de ses bassets. (…) » (ces propos ont été rapportés dans une rarissime plaquette imprimée à Dijon en 1693 intitulée : L’art admirable de la Guiche pour manger méthodiquement un membre de mouton pendant que douze heures sonnent.)

9 commentaires:

calamar a dit…

ça se lit avec plaisir, mais on aimerait l'entendre chanté !
Par ailleurs, la Dombes n'est pas terra incognita des grands de ce monde : la principauté appartenait à la Grande Mademoiselle, qui y est venue une fois en visite... mais son palais est toujours debout !

Bibliothèque dauphinoise a dit…

Belle et saine introduction, que je ne peux que partager (et, au passage, nous éloigne opportunément de certains débats sur la bibliophilie...).

Quant à ton incise : "une majorité de la population à cette époque préférant bêtement patauger dans la boue des cours de fermes et autres marécages nauséabonds des Dombes ou du Morvan", tu aurais pu ajouter que parfois elle préférait mourir de faim, car le beau siècle de Louis XIV est aussi celui des belles (!) et dernières famines en France (voir 1692).
Jean-Marc

Anonyme a dit…

N’ayant pas (encore ?) votre grande érudition, je me suis permis de googleliser (quelle horreur !). Bon, c’est pour la bonne cause, et je vous livre tout cela afin de faire gagner du temps à ceux qui font la même chose et qui donc ratent la messe.

La première piste est la « Bibliographie des recueils collectifs de poésies publiés de 1597 à 1700 » par Frédéric Lachèvre chez Leclerc (1901, Paris). Le poème est attribué à Brébeuf (Georges de Brébeuf, 1617-1661). On trouvera facilement plusieurs de ses autres poèmes, pas toujours aussi truculents que « L’Hostel des Ragousts », mais néanmoins souvent tournés vers les victuailles. « S’il est vrai que l’amour ne vit que d’espérance » se termine dans le ragoût, car pour l’amour en question, « il est toujours Carême »… cet homme devait avoir bien faim ! (Pire que cela d’après l’Encyclopaedia Universalis : Pauvre et malade, ombrageux, instable et exalté).

La suite de cette recherche nous mène vers les deux recueils cités par F. Lachèvre : « Nouveau recueil de poésies des plus célèbres autheurs de ce temps » chez Louis Chamhoudry (1654, Paris), l’Hostel des Ragousts faisant partie des pièces anonymes du recueil. Et les « Poésies choisies de Messieurs Corneille, etc … » éditées par le libraire Charles de Sercy en 1653 (1623-1700?). N’ayant aucun de ces deux ouvrages, je n’ai malheureusement pas pu vérifier tout cela in situ (je suis preneur bien sûr, si « bon marché »).

La Librairie Ancienne J.-M. Dechaud (Crissay sur Manse) vend le recueil de Louis Chamhoudry dans une édition de 1654 qui comprend l’Hostel des Ragousts, mais qui semble différente de celle décrite par Frédéric Lachèvre. Je laisse là la question, et merci pour ce divertissement du dimanche matin … tant pis pour la messe.

Supion

Bertrand Hugonnard-Roche a dit…

Merci beaucoup Supion pour cette recherche fructueuse ! Vous avez été plus fort que moi, car j'ai googleisé aussi, comme fait tout le monde en pareil cas. J'avoue que d'avoir recopié les 310 vers manu clavieri m'a un tantinet engourdi le cerveau droit pour aller plus avant dans les recherches bibliographiques.

Mais le Bibliomane moderne est un espace pour cela, et surtout pour cela d'ailleurs, aller plus loin ensemble ! Encore merci pour tous donc.

J'ai ce recueil de 1670 dans une reliure usagée de l'époque mais je n'arrive pas à me résoudre à faire rhabiller avec un simple cartonnage papier un volume qui "sent encore son époque".

Il sera bientôt listé au catalogue de la librairie. En essayant d'être le plus juste possible entre mon amour pour les livres et celui de mon banquier.

Bon dimanche !

B.

Bertrand Hugonnard-Roche a dit…

je lis dans le Bulletin du Bibliophile (1927) que ce poème "L'Hostel des ragousts" a été attribué à tort à Brébeuf. Mais je n'ai pas accès à ce qui précède et à ce qui suit dans l'article en question.

Voici le lien : http://books.google.fr/books?id=q7AYAQAAIAAJ&q=brebeuf+hostel+ragousts&dq=brebeuf+hostel+ragousts&hl=fr&sa=X&ei=Sry4T5_KIMi00QWjn5nMBw&ved=0CEQQ6AEwAA

A Calamar de jouer ! notres Sherlock es Google Books censuré !

B.

calamar a dit…

je suis bien obligé...
voici le texte de la page 346 :
possible, qu'Apicius, ce que fut avant ou après cette époque
le poète improvisé, mais ce que je sais fort bien, c'est que
ses insipides élucubrations obtinrent un merveilleux succès.
L'auteur anonyme d'un manuscrit de la bibliothèque d'Aix
ne se borne pas à nommer César Pellenc, il ajoute que le
livre d'Apicius de re coquinaria n'égale point celui-ci, et
ceux qui se plaisent aux belles productions prennent pres-
qu'autant de plaisir à lire ces vers que s'ils goutaient effec-
tivement de tous les mets qui y sont décrits.
Après cette affirmation catégorique, la cause est en-
tendue, Brancas n'a fait appel à aucun collaborateur,
mais lui, - ou Pellenc - ont utilisé un petit nombre
de dizains appartenant à d'autres auteurs, ce qui d'ail-
leurs n'a pas empêché le baron de Céreste de s'attaquer
à des sujets déjà traités. Ainsi nous avons retrouvé dans
les Plaisirs de la Vie, huit dizains sur treize de la pèce
"Sur une Débauche" du baron de Vauvert et vingt-
deux sur trente-et-un des " Ragousts (ou l'Hotel des
Ragousts) " attribués à tort à Brébeuf(1), soit 30 dizains
sur 275 environs.

(1) Ces deux pièces " Sur une Débauche " et " Les Ragousts"
ont paru pour la première fois dans les "Poésies choisies de
Messieurs Corneille, Benserade, de Scudéry, ect., et plusieurs autres.
Paris, Charles de Sercy, 1653, édition originale sans tomaison
du T.1 du Recueil dit de Sercy ".
Dans l'édition de 1653, la pièce " Sur une Débauche " ne
comprend que 10 dizains, alors qu'elle en a 13 dans la troisième
édition (1654). Sur les trois nouveaux dizains, un, (l'Olive) est
reproduit dans les Plaisirs de la Vie. Les deux autres (les Pistaches et l'Artichaut), ont fourni seulement deux vers à Brancas. La dernière strophe des "Ragousts" s'adresse " à un
Baron" qui ne peut être que le baron de Céreste, Brancas :
" Parmy ces chères magnifiques,
Mon cher Baron, je vous promets,
Que je n'en puis gouster les mets...
Si mes Vers sentent la Gascogne
Et ne sont pas assez polis,
Je les dédis à quelque yvrongne
Lequel, rotant, dira : ces Vers sont bien jolis.

Bertrand Hugonnard-Roche a dit…

Là je dis la classe Calamar !

Vous avez gagné votre passeport pour entrer au SLAM (non j'déconne...)

B.

Anonyme a dit…

Pour aller au bout de cette histoire de ragousts, il ne fallait pas seulement rater la messe : il fallait aussi manquer le repas dominical. Or, résister à se restaurer à la fin des ces 310 vers, c’était franchement mission impossible à moins d’être totalement bibliovore. Eh bien, il y en a ! Bravo Calamar pour cette chute.

Supion.

Textor a dit…

Voilà un bien joyeux article qui fait penser, je ne sais pas pourquoi, à Rabelais! il ne me faut désormais que bon vin, bon lit, le dos au feu, le ventre contre la table avec une écuelle bien profonde !
T

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