mardi 2 novembre 2010

Appréciez-vous les impressions aldines ?


Les éditions aldines ont la cote auprès des bibliophiles, malgré leur aspect très sage, voire sévère, souvent rhabillées au XIXe siècle d’un maroquin à déprimer un janséniste. Pourtant ces livres de petit format n’étaient pas conçus comme des ouvrages de luxe mais plutôt comme les premiers « livres de poche » de l’histoire. Peu onéreux, produits en grand nombre, ils étaient plus destinés aux étudiants et aux érudits désargentés qu’aux têtes couronnées.

Tout a été dit sur Alde, rigoureux, visionnaire, doté d’un sens commercial indéniable, il réussit en une petite vingtaine d’années à publier la plupart des œuvres majeures de l’Antiquité classique, dans des versions expurgées des scories de copistes ignorants.

Fig 1 Portrait de Theobaldo Manucci, alias Aldus Manutius. Marque d’imprimeur de son fils Paulo, dit Alde le jeune, et seul portait connu d’Alde le Vieux.


Alde naquit à Bassiano dans les Marais Pontins en 1450. Après avoir achevé ses études latines à Rome où enseignaient ses premiers maîtres Gaspar de Vérone et Dominizio Calderino, il suivit à Ferrare les leçons du célèbre professeur de grec Baptiste Guarini et fut un temps le précepteur des neveux de son ami Pic de la Mirandole.

Mais c’est à Venise, carrefour entre l’Orient et l’Occident, qu’il s’installa vers 1490 et y conçut son projet éditorial dédié à la publication systématique de tous les ouvrages connus des auteurs grecs et latins. Il s’assura le soutien d’Andrea Torresani, l’un des éditeurs vénitiens les plus célèbres depuis les années 1480 et dont il épousera la fille en 1500. L’impression d’œuvres en caractères grecs était la bête noire des imprimeurs, compte tenu du nombre important de types nécessaires. Il fallait de gros moyens financiers, mais Alde avait convaincu les banquiers de miser sur lui.

Il parvint aussi à s’entourer d’un comité éditorial impressionnant, réunissant l’élite intellectuelle du temps : Pietro Bembo, qui contribua à l’édition du Pétrarque et du Dante de 1502, Giorgio Valla ; l’anglais Thomas Linacre qui participa à l’un des rares textes purement scientifiques d’Alde imprimé en 1499 ; Erasme qu’Alde hébergera et dont il publiera les Adages ; mais aussi le poète Andrea Navagero qui travailla sur les éditions aldines de Lucrèce et Ovide (1516) et encore Lorenzo Maioli, Niccolo Leoniceno, Girolamo Aleandro ou Jean Lascaris.

Chaque mois, les presses aldines publiaient un volume imprimé à mille exemplaires comme le précise la préface de l’Euripide de 1503. (Ce qui était important pour l’époque) Toutes les opérations de fabrication du livre étaient réalisées dans les ateliers d’Alde Manuce. Il fabriquait lui-même son encre et reliait les livres qu’il vendait, pas de sous-traitance !

Fig 2 Reliure estampée avec la figure de la Justice sur une édition Aldine de Justin, 1522. Ce n’est pas la reliure d’origine (puisqu’elle est datée de 1565 !) et elle n’est pas de type aldine, mais plutôt allemande.(1)


Fig 3 Plat inférieur : Lucrèce se portant un coup de poignard.


Fig 4 Page de titre de la première édition aldine des histoires philippiques de Trogue Pompée résumées par Justin. La marque à l’ancre aldine est apparue pour la première fois sur certains exemplaires du Dante de 1502.


Ce qui frappe en admirant une impression aldine, c’est l’esthétique épurée de la mise en page, débarrassée des gloses des commentateurs qui enserraient jusqu’alors les textes classiques. Les caractères sont très lisibles. Son type grec, un peu grêle, avec de trop nombreuses ligatures, était basé sur l’écriture tarabiscotée de son principal assistant pour le grec, Marc Musurus de Crète. Une forte communauté byzantine s’était installée à Venise, après la prise de Constantinople par les Turcs, et Alde y recrutait ses experts pour le grec. Son romain, finement dessiné avec pleins et déliés par le génial calligraphe Francesco de Bologne, dit Griffo est une amélioration du type de Jenson. Il fut utilisé pour la première fois pour le De Ætna de Pietro Bembo, c’est le chef d’œuvre inégalé de la typographie. Enfin la cursive aldine, la grande révolution d’Alde, apparue pour la première fois dans le Virgile de 1501, était, à l’origine, une simple astuce technique pour gagner de la place et réduire les couts de fabrication du livre ; elle connaitra le succès que l’on sait, aidé par la légende qui veut que sa graphie imiterait l’écriture de Pétrarque.

Fig 5 l’histoire de Probus (Cornelius Nepo) qui suit le Justin dans l’édition de 1522, bel exemple d’italique aldine.


Le succès commercial ayant été immédiat, (2) les concurrents d’Alde voulurent produire des livres similaires. Le privilège du Sénat de Venise protégeait les productions aldines, sur le territoire de la République. Les contrefacteurs, souvent piémontais mais associés à des libraires vénitiens, produisaient à Lyon des ouvrages identiques, ligne à ligne, mais non exempt de coquilles. En 1503, Alde fut obligé de publier un placard dans lequel il mit en garde les acheteurs contre les fautes des éditions lyonnaises !

C’est effectivement l’autre grand intérêt des éditions aldines : le travail philologique qui fut réalisé sur les manuscrits utilisés par Alde. Un petit nombre de manuscrits très anciens (IVe-Ve s.), dont les palimpsestes, avaient été conservés ; Des copies multiples avaient été réalisées dans les scriptorium ; Les changements de système d'écriture ont causé de multiples erreurs, qui ont appelé des corrections abusives. Ainsi, à l'époque de Charlemagne, sur l'ordre de l'empereur et d'Alcuin, parallèlement à la généralisation de l'écriture caroline, on essaya de restaurer les textes anciens dans leur pureté originale, mais l'ignorance des clercs entrainèrent de nouvelles erreurs.
C’est tout le talent d’Alde et des humanistes de son époque d’avoir réalisé des éditions bien plus correctes que les précédentes, à partir des manuscrits qu'ils avaient à leur disposition, corrigés par des conjectures personnelles plus ou moins heureuses ; ces éditions princeps sont devenues des vulgates et ont servi de base à tous les essais critiques postérieurs.

Bertrand qui exerce un contrôle tatillon sur la rédaction de mes articles m’a dit : Présente Alde si tu veux, mais pas de grecs ni de latins, des gaulois uniquement, des gaulois !

Alesia Jacta est ! Répondis-je (Bertrand jette toujours le sort très haut). Il faut donc que je trouve des exemples d’impression aldine d’auteurs gaulois…

Voyons, ce que j’ai sur l’étagère, en matière d’édition aldine gauloise … ha oui, …Trogue Pompée, un Voconce très exactement. Les histoires philippiques de Trogue Pompée, réduit en résumé par un certain Justin dont on ne sait justement pas grand-chose.

Trogue Pompée avait écrit, sans doute sous le règne de Tibère, une histoire universelle en quarante-quatre livres qui ne nous est connue que par des résumés sommaires : les Prologues, ainsi que par un Abrégé, attribué par une partie de la tradition manuscrite à M. Iunian(i)us Iustinus (3)

Le texte intégral de Trogue Pompée était peut-être encore consultable au Ve siècle, on en a deux citations de Servius et deux de Priscien qui ne se retrouvent pas dans Justin.

Humanistes et érudits ont longtemps espéré retrouver le texte complet de Trogue Pompée. Ainsi, Jean-Albert Fabricius écrit qu'Alde Manuce croyait à l'existence d'un manuscrit complet des Histoires dans la bibliothèque de Marquardus Gudius, et qu'il se réjouissait à l'avance de pouvoir l'éditer, et rappelle que Wagenseilius raconte comment il a sauté de joie en découvrant à la bibliothèque de l'Escorial un gros manuscrit inscrit au nom de Trogue Pompée, mais quand il l'a ouvert, ce n'était que Justin ! (4)

La première édition du Justin ne parut qu’en 1522, après la disparition du vieil Alde, elle fut éditée par son associé, Andrea d’Asola avec la collaboration de son fils, François d’Asola, comme l’indique le prologue. C’est la première édition aldine, Édition fort rare, et bien plus correcte que toutes les précédentes du quinzième siècle et du commencement du seizième nous dit Renouard. Comparer la page de cette édition avec une impression parisienne antérieure, par exemple celle publiée chez Jehan Olivier en 1519, suffit à démontrer le modernisme d’Alde sur ses contemporains et la rupture avec leur typographie archaïsante.

Fig 6 Le Justin d’Alde, livre I.


Fig 7 Justin, L’histoire de Trogue Pompée, impression parisienne par Jehan Olivier, 1519. Il s’agit du seul exemplaire connu à cette adresse après la destruction de l’exemplaire de Tours décrit par Renouard.


Fig 8 Une page du Justin de Jehan Olivier, livre I.


C’est en Angleterre et en France, à la fin du XVIIIe siècle, que le goût pour les éditions aldines semble s’être renouvelé. La dispersion de l’ordre des jésuites offrit aux amateurs l’occasion d’en acquérir. Le cardinal de Brienne fit imprimer à Pise en 1790 le catalogue de sa collection: Serie dell’ edizione Aldine. Elle fut acquise en bloc par Antoine-Augustin Renouard. Il sut mettre à profit les fabuleuses ventes révolutionnaires pour acquérir ou collationner un nombre considérable d’exemplaires et publia par trois fois, en 1804, 1825 et 1834, ses Annales de l’Imprimerie des Alde qui font encore autorité aujourd’hui. (Au moins jusqu’avant cet article ! :))

Bonne Journée
Textor

Fig 9 L’ancre Aldine.


(1) Pour voir des reliures typiquement aldines voir l’article d’ Hugues, ici. http://bibliophilie.blogspot.com/2008/03/la-reliure-aldine.html

(2) Le succès commercial d’Alde Manuce est contesté par certaines sources qui disent que son Songe de Polyphile se vendit mal, et qu’il dut interrompre le rythme de ses productions, vers la fin de sa vie, à la suite de difficultés financières.

(3) Justin a très anciennement été identifié, à tort, avec l'apologiste chrétien Justin martyr († 165) qui écrit en grec à l'époque d'Antonin. L'identification ne repose que sur la similitude de l'un des surnoms, Cette erreur ancienne a donné lieu à une interpolation dans des manuscrits tardifs où on lit dans la préface quod ad te imperator Antonine non tamen cognoscendi causa… (voir Fig 8, 5ème ligne avant la fin du 1er §). L'interpolation et la datation qui en découlent avaient été acceptées par Jean Gérard Vossius (1577-1649), qui refusait ainsi la thèse exposée par Gualterius Burleus dans ses Vies des Philosophes, selon laquelle Justin aurait été le propre fils de Trogue Pompée.

(4) Voir les excellents commentaires de MP. Arnaud-Lindet dans la traduction de Justin sur Forum Romanum. http://www.forumromanum.org/literature/justin/english/trans18.html

45 commentaires:

Bertrand a dit…

Merci Textor !

Excellent billet, comme à l'accoutumée.

Vous avez les rennes du Bibliomane moderne encore pour un temps...

B.

Hugues a dit…

bah oui, j'aime les impressions aldine. Assez pour en posséder une qui fait rêver Textor :)
Merci à lui pour cet excellent billet.
Hugues

Textor a dit…

Cher Hugues,
Merci de nous lire.
Le vôtre est hors concours, c'est un mythe, une pièce de musée !!
Mais si vous envoyez une ou deux petites photos à Bertrand, cela permettrait de décorer davantage cet article.

T

Hugues a dit…

Je vais essayer Textor, mais en passant savez-vous pourquoi certains exemplaires issus des presses Aldine portent les marques (ancre + dauphin), et d'autres non?
H

Raphael Riljk a dit…

Pour l'ancre, j'ai lu que sa première apparition serait à faire remonter aux POETÆ CHRISTIANI VETERES.

Pouvez-vous vérifier dans votre bibliothèque, Textor ? (au moins dans un de vos trois exemplaires...)


Raphael

Textor a dit…

Bonsoir,

L’ancre, symbole de stabilité et le dauphin symbole d’agilité s’opposent et se complètent, ce sont les deux qualités requises pour avancer dans cette entreprise ardue qu’était le projet d’Alde Manuce : rapidité mais précision. Il a pris le motif sur une monnaie romaine, je crois, et elle figurait déjà dans le songe de poliphile. J’ai écris que la première apparition en tant que marque date de 1502, je pensais que c’était dans le Dante, mais c’est peut-etre dans le Poetae christani Veteres,dont la publication s'est étalé de 1501-1502 à 1504 ; La devise Festina Lente, hâtes-toi lentement provient d’un adage d’Erasme. Quant à savoir pourquoi la marque apparaitrait sur certaines éditions et pas sur d’autres, vous me posez une colle !
Textor

Textor a dit…

Raphael, tous mes Alde ont l'ancre au dauphin.
Pour l'édtion tardive des Oraisons de Marc Antoine Muret, d'Alde le Jeune, la marque est le portrait que j'ai présenté, mais l'ancre apparait dans un autre motif, quelque peu baroque, qui est le privilège donné par Maximilien II. Elle apparait aussi dans mon De Senectute de Ciceron (non présenté) mais si l'on croit Hugues, il est plus chic d'avoir un Alde sans ancre, soit qu'il date d'avant 1502, soit qu'il y aurait une autre raison obscure pour justifier de son absence...

Hugues a dit…

Plus chic je ne sais pas Textor, je n'ai jamais dit cela. :)
Je m'interrogeais simplement sur le fait que pour une même édition, certains exemplaires soit avec la marque, d'autres sans. C'est assez mystérieux.
H

Textor a dit…

Un problème d'ancre, sans doute !! :)

Je vais chercher à percer ce mystère, Pour l'heure je suis en Espagne et je n'emporte pas toute ma doc avec moi !
Textor

Anonyme a dit…

Déjà qu'il n'y a pas beaucoup d'images, si en plus il n'y a pas la marque...


Montag

Pierre a dit…

Montag a raison. Je crois que la marque à l'ancre enlacée est la seule gravure présente dans les éditons aldines... En tout cas bravo, Textor, pour ce billet fort bien illustré.

N'est-ce pas la reliure (magnifique en peau de truie estampée comme celle présentée ou en plein maroquin comme cela s'est vu après) qui fait que ces éditions sont très onéreuses à l'achat ? Pierre

Lauverjat a dit…

Ma documentation donne l'apparition de l'ancre dans le deuxième volume POETÆ CHRISTIANI VETERES, juin 1502.

Lauverjat

Textor a dit…

Certes, les amateurs de BD doivent parfois se contenter de l'ancre et du gentil dauphin, mais il a tout de même de notables exceptions parmi les éditions aldines : le songe de Poliphile, superbement illustré; Les Amours de Hero et Léandre de 1517,avec ses bois dignes des romans courtois; et probablement quelques autres que je ne connais pas.
Par ailleurs, Alde réservait un large espace en tête des chapitres pour que les amateurs fassent peindre les lettrines. Le hic c'est que ces éditions n'étaient pas des ouvrages de luxe et que les lettrines sont rarement peintes.
(sauf quand l'amateur en question s'appelait Pillone)
Buenas noches
T

Textor a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Textor a dit…

Bonsoir Lauverjat, oui le Poetae Chritiani veteres est en 3 tomes de 1501-2- 4. L’ancre y apparaitrait (épisodiquement) mais d’après Renouard, Annales des Alde page 59-60, Alde a fait plusieurs essais avant d’adopter définitivement sa marque. Il semble qu’on la trouve dans certains exemplaires du Philostrate ( 1501–2–4) du Sedulius (1502) de l’Hérodote (1502). Un coup avec, un coup sans, selon son humeur. D’où la question de Hugues, pourquoi, pour la même édition, trouve-t-on a des exemplaires différents, avec ou sans marque ?
Proyart dit du Dante de 1502 que les exemplaires avec Ancre sont plus rares que sans. S’agissait-il d’un tirage spécial pour les média ? pour les amis ? (C’est l’ami Pietro Bembo qui lui a donné cette médaille romaine avec le dauphin et lui aurait suggéré de prendre la devise Festina Lente)
Pour l’instant le Bibliomane Moderne enquête…
Textor

Textor a dit…

PS:
je réalise que le lien que j'ai mis au bas de l’article à la note 4, renvoie vers la traduction anglaise de Justin et non vers celle de Marie Pierre Arnaud Lindet.
Voilà la bonne route :
http://www.forumromanum.org/literature/justin/introduction.html
Les commentaires érudits de ce professeur, avec lequel j'avais un temps correspondu pour comprendre certaines différences de traduction entre la version de Jehan Olivier et la sienne, sont passionnants.
Désolé pour cette erreur.
Bonne journée
Textor

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Vous connaissez tout Textor : seuls ces deux ouvrages illustrés sont sortis des presses d'Alde Manuce.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Hugues,

Que doit-on penser de l'existence de contrefaçons des impressions aldines que l'imprimeur lyonnais Guillaume Huyon fit avec succès, au point d'effrayer
Alde qui imprima un placard, daté du 16 mars 1503, pour en avertir les lecteurs ?
Huyon utilisait son nom, ses avertissements, ses formats et ses caractères.La différence provenait de l'absence de date, de nom de ville, d'ancre aldine, d'un papier de moindre qualité et de caractères qui "sentaient leur origine française.
Doit-on penser alors que les impressions aldines sans ancre sont des contrefaçons ?

Textor a dit…

Tiens, Guillaume Huyon, je ne le connaissais pas celui-là. Il n'a pas l'air piémontais.

Contrefaire une impression aldine en omettant l'ancre au dauphin, c'est un peu comme peindre Mona Lisa avec des moustaches...on flaire assez vite le faux.

Mais Hugues possède une édition originale authentique avec toutes les fautes d'impression utiles et nécessaires, et sans ancre !! là, cela se corse ...

Textor

Hugues a dit…

En effet, Textor a bien résumé la chose, mon édition présente les "bonnes" fautes, elle est datée, la ville est bien présente, le papier est supérieur, les caractères irréprochables... mais pas la marque.

Je suis totalement novice sur le sujet, un vrai béotien, mais ne peut-on imaginer que si l'ancre date de 1502 (mais quand en 1502?), le Dante ait fait l'objet de deux tirages, un avant que Alde ne se décide à mettre des ancres et des dauphins partout, façon BD, et l'un après?

H

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Hugues,je restre dubitatif sur ta tentative d'explication

Lauverjat a dit…

Bonsoir,

En juin 1502, ne peut-on imaginer que, l'imprimerie Alde ait eu sous presse plusieurs ouvrages à des degrés d'achèvements variés. Là-dessus, premiers essais de l'ancre... des tirages déjà terminés s'en passent? d'autre en héritent?
Autre solution: le tirage est achevé, il manque quelques exemplaires du dernier cahier, on retire seulement ce dernier, sans l'ancre prise sur une autre composition, sur une autre presse?

Lauverjat

Olivier a dit…

Une seule "ancre" plusieurs presses? Et pas de service marketing pour dire qu'on va brouiller l'image de la marque...

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Personne ne semble avoir fait un stage en imprimerie Ancien Régime ...
une seule presse chez Alde le Vieux ?...
une seule marque à l'ancre dans l'atelier ? ...
oubli d'un cahier ?...
y-a-t-il un imprimeur dans la salle ?

Lauverjat a dit…

Justement nous parlons des premières apparitions de la marque à l'ancre en 1502, ensuite il existe plusieurs dimensions de marques et plusieurs gravures.
Au fait combien de presses chez Alde l'ancien?
Enfin, vu le nombre de messages OUI, nous apprécions les impressions aldines.

Lauverjat

Textor a dit…

Je vois que les thèses fleurissent ! « If you cannot convince, confuse !” comme disent nos amis anglais … Je dois dire que la première hypothèse de Laverjat me séduit assez. Vu le rythme des publications, il devait y avoir certainement plusieurs presses, et peut-être qu’un seul bois. La composition du titre étant faite, on plaçait le bois ou non, selon sa disponibilité ou l’envie du compositeur. Visiblement, en cette année 1502, l’ancre aldine n’avait pas encore fait l’unanimité dans l’atelier. Seule la comparaison de 2 pages du même titre, avec et sans l’ancre, permettrait de vérifier cette hypothèse.
Textor

Textor a dit…

C'est sur, j'ai la réponse à ma question, les impressions aldine font encore rêver ! Trop fort, le vieux Alde ...
Bonne nuit
Textor

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Non Textor,
non seulement il y avait de nombreuses presses chez "le Vieux",mais aussi plusieurs marques à l'ancre disponibles et utilisées.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Je me suis laissé embarquer par une question qui n'avait pas lieu d'être : il n'y a rien de mystérieux dans le fait que Alde Manuce n'utilise pas sa marque à l'ancre pour toutes ses impressions.
Où a-t-on vu qu'un imprimeur ou un libraire éditeur devait mettre sa marque sur toutes les pages de titre de ses éditions ? Je n'en connais aucun. Tous ont des éditions avec leur marque ou sans (alors avec un fleuron ou une vignette, ou rien), avec leur nom ou non, avec leur adresse ou non.Pour des raisons très variables, esthétiques ou commerciales.

Textor a dit…

Allons bon , un faux débat sur le Bibliomane Moderne !? Les Imprimeurs de la Renaissance ne connaissaient pas la normalisation européenne de la page de titre !! Fichtre, je comprends que Bertrand ait l'oeil torve, ce soir.

Mais consolons-nous, cette fausse bonne question nous a permis d'explorer par le menu notre documentation aldine.
Et d'ailleurs, je me faisais la reflexion que ce Renouard était tout de même très fort pour avoir réuni autant d'informations à son époque, sans internet et sans le Bibliomane Moderne...
Alors j'ouvrirai ma bouteille de Rhum quotidienne pour saluer sa mémoire.

Textor

Bertrand a dit…

Je vous surveille de loin... faites gaffe quand même à pas dire n'importe quoi dans les colonnes du très sérieux Bibliomane moderne...

Sinon je ne reviens pas...

B.

Textor a dit…

Nous allons passer à l'enquête suivante : toute personne ayant aperçu une reliure estampée dans un cochon d'époque, marquée J.E. N , datée des années 1560-70 est prié de le signaler à la rédaction

T

Textor a dit…

ha si ! Bertrand revenez !! revenez !! Je vais écrire à Facebook qu'il libère notre camarade !

T

Hugues a dit…

Moui, je suis dubitatif face à ta réponse Jean-Paul: il n'y aurait aucune raison?.. un imprimeur tel que Alde, aussi attentif que lui, aurait fait ceci sans raison?

Et d'ailleurs, en passant, nous n'avons jamais évoqué de "mystère", nous essayons juste de comprendre la raison. Tu en listes quelques unes d'ailleurs, mais laquelle serait la bonne?

D'ailleurs existe-t-il plus d'exemplaires avec la marque, ou sans?

Hugues

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Bonjour Hugues,

Je n'ai rien inventé : c'est bien toi qui a employé l'expression "c'est assez mystérieux".

Mais peu importe, je persiste à dire qu'il n'y a rien de mystérieux, c'est une banalité que de dire ce que j'ai dit, je n'en suis pas l'inventeur, mais souvent la passion fait oublier l'essentiel.

L'étude des impressions provinciales françaises, particulièrement des XV et XVI siècles que j'ai faite dans les années 1990 m'a montré (mais d'autres l'avait sûrement constaté avant moi, notamment sur Paris : chez Bade Ascensius, par exemple), que les éditeurs (imprimeurs ou libraires) n'utilisaient pas systématiquement une marque au titre, pour des raisons commerciales (rapport publicité/partage des coûts),et parfois esthétiques, puisque c'était l'époque héroïque de "l'invention" de la page de titre, cette utilisation d'une marque disparaissant ensuite au cours du XVIIe siècle au profit, entre autres, des frontispices.... etc.

La place manque ici pour développer le sujet : tu trouveras sur la toile quelques études développées sur les marques typographiques et leur utilisation.

Enfin, je crois me souvenir que Alde Manuce, comme les autres, a plus souvent édité des ouvrages sans la marque aldine (certes plus spectaculaire, donc plus intéressante pour le collectionneur)qu'avec (rappelant qu'il en existe plusieurs modèles, ce qu'on occulte souvent, je ne sais pourquoi) : il suffirait de reprendre le Renouard, que je n'ai pas sous la main, pour compter approximativement les uns et les autres.

Bernard a dit…

Je viens de recevoir deux petits catalogues de la librairie Paul Jammes concernant l'histoire du livre: XII: Bibliothèques, Manuscrits, Bibliophilie, Censure XIII: Bibliographies spécialisées.
Très bien documentés, comme toujours.
Bernard

Hugues a dit…

Jean-Paul: il y a donc bien des raisons... Ce qui m'intéresse, c'est de savoir qu'elle est la bonne: commerciale (mais pourquoi?), technique (mais pourquoi?), etc.
Après, rassure-toi, que mon exemplaire porte la marque ou pas ne change rien à mes yeux, tu peux donc me briser le coeur.
H

M. a dit…

Oui, ça on s'en doute qu'il y a des raisons, ce qu'on veut savoir comme le souligne Hugues, c'est qu'elles sont elles.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Et pourquoi la "Vache qui rit" rit ?

Il n'est pas trop difficile de comprendre qu'un coutumier ou un texte philosophique admette une marque, un missel plutôt une image religieuse,un texte poétique un fleuron, etc.
Que l'imprimeur non éditeur-payeur mettra sa marque en "signature" à la fin de l'ouvrage, tandis que le libraire éditeur-payeur mettra la sienne sur la page de titre, etc.

Raphael Riljk a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Raphael Riljk a dit…

On trouve la même coquille au mot "Aedib." (V renversé au lieu de A) au colophon figurant en H4r, qu'il y ait ou non la marque en H4v.

Donc l'absence ou la présence de la marque ne semble pas liée à un retirage du cahier après correction - à moins que le typo miro n'ait commis l'erreur deux fois.

Le bois de la marque a peut-être été accidenté en cours de tirage ?


Raphael

Lauverjat a dit…

Initialement le tirage de quelques exemplaires avec l'ancre aurait-il été destiné à une clientèle particulière? hommage ou publicité?

Textor a dit…

L’ancre Aldine vous retient ferme au fond de la lagune !
Renouard décrit 5 marques utilisées par les Alde, mais le vieux n'en aurait utilisé qu'une.
Vous pouvez consulter l'Annale des Alde en ligne ici :
http://books.google.fr/books?id=s3wNAAAAQAAJ&printsec=frontcover&dq=renouard,+annales&source=bl&ots=Y3zarwmXDi&sig=u_xzFT0GnKgNeI2vBWAVx4LBLHY&hl=fr&ei=F7XVTJCuGIS74Aa20NSQBw&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=4&ved=0CCMQ6AEwAw#v=onepage&q&f=false
Et notamment p59 et suivantes pour voir les marques.
Je n’ai rien trouvé sur le pourquoi des marques intermittentes de l’année 1502.
Ce n’est pas un retirage, Raphael l’a démonté.
Ni un accident, car cette particularité affecte plusieurs éditions de 1502.
Le plus vraisemblable c’est la destination des livres, un type de clientèle différente ? un lieu différent pour les distribuer ? etc … Ce serait tout de même un monde que personne n’ait jamais tiré cela au clair.
Textor

Textor a dit…

PS : pour voir le lien en entier, il est un peu long, il faut cliquer sur le titre de l'article pour être en mode ... je sais pas quoi, et avoir les commentaires à la suite de l'article.
T

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Faux: Alde le Vieux a utilisé au moins deux de ses cinq marques à l'ancre.
Pour le reste, j'ai déjà parlé, autrement certes, de "la destination des livres, un type de clientèle différente" : ce q,ui me paraît suffisamment clair pour les bibliophiles émérites que vous êtes.

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