lundi 17 juin 2019

Manuscrit autographe de Bertrand Barère de Vieuzac (1755-1841), avocat et révolutionnaire."Des peuples et des nations" (vers 1830/1840).



Bertrand Barère de Vieuzac (1755-1841)
Manuscrit autographe signé non daté (vers 1830 / 1840)
Photo : www.lamourquibouquine.com tous droits réservés


Une fois n'est pas coutume, voici un autographe qui nous a tapé dans l'oeil ! Autographophilie plutôt que bibliomanie, j'en conviens, il n'en reste pas moins que ce petit texte devrait vous frapper au coin du bon sens (paf !). Bonne lecture ! Et surtout bonne réflexion ...

Manuscrit autographe de Bertrand Barère de Vieuzac (1755-1841), avocat et révolutionnaire.

Pour bien commencer la semaine, je vous propose de secouer vos neurones encore assoupis avec ces quelques lignes autographes signées Bertrand Barère de Vieuzac (1755-1841). Ce superbe manuscrit, complet en une seule page, est intitulé : "Des peuples et des nations". L'étude du papier (papier vélin fin) indique une rédaction probable entre 1830 et 1840.


Portrait gravé de Bertrand Barère publié vers 1840.
Dessiné par Gaildrau et gravé par Berlier


Cet avocat méridional, élu à la Constituante, puis à la Convention où il est une des têtes politiques de la Plaine (la majorité des députés) avant de se rallier — comme elle et jusqu’au 9 thermidor — à la Montagne, menée par Robespierre, fut l'un des orateurs les plus importants de la Révolution : l’énoncé de ses motions et de ses rapports occupe plus de douze colonnes du Moniteur, contre huit pour Robespierre et deux pour Danton. Rapporteur attitré du Comité de salut public (où il détient le record de longévité : dix-sept mois), ses discours lui valent un succès prodigieux à la Convention : il est l’aède des soldats de l’an II avec ses carmagnoles et donne un visage avenant, par sa verve, aux mesures terroristes du gouvernement révolutionnaire, de là son surnom d’« Anacréon de la guillotine » que lui donna son collègue à la Convention Charles-Jean-Marie Alquier. Proscrit sous le Directoire, amnistié sous le Consulat et l’Empire, exilé sous la Restauration, rentré en France sous Louis-Philippe, il meurt à 85 ans, conseiller général à Tarbes. Pendant cette dernière période, il sera élu à trois reprises député par les électeurs des Hautes-Pyrénées : 1797, 1815, 1834, ces élections, sauf celle des Cent-Jours, étant à chaque fois annulées par les pouvoirs en place. Ses Mémoires ont été publiés en 1842 seulement. Nous pensons que ce petit manuscrit avait vocation à s'insérer dans ses Mémoires (même si nous ne l'y avons pas retrouvé en l'état). En lisant ce manuscrit on peut se faire une idée juste de ce qu'était un révolutionnaire éclairé. Son texte est net, concis et limpide, tout ce qui manquera à beaucoup de révolutionnaires de 1789 (Robespierre par exemple - grâce à qui de nombreux auditeurs ont dû prolonger plus d'une sieste à l'assemblée). J'ai fait l'acquisition de ce texte de Barère parce qu'il m'a frappé, terriblement secoué par les vérités qu'il contient, si simplement énoncées, si proches de nos préoccupations en ce début de XXIe siècle frémissant. A la lecture de ce document, on ne peut s'empêcher de souhaiter de nouveaux Barère à la tribune.

Voici la transcription du texte :

« Des peuples et des nations »

« La vie des nations est comme la vie des individus, elle se compte par siècles, comme celle des hommes se compte par années. La vie des nations a sa marche ascendante et sa marche descendante. Elle a ses âges, ses périodes, depuis sa naissance jusqu’à sa fin. La longévité des nations est comme la longévité des individus, soumise aux influences du climat, des mœurs et du caractère originaires  des institutions morales et politiques, et de l’esprit différent des siècles. De même la civilisation, qui est la vie intellectuelle des peuples, a ses périodes, ses progrès, ses obstacles, ses erreurs dominantes, ses corruptions inévitables, sa décadence et sa chute. La terre est couverte de ruines des diverses civilisations plus ou moins perfectionnées, plus ou moins utiles au genre humain, et plus ou moins longues de durée. Enfin l’histoire des hommes nous apprend que les peuples ont leur enfance, leur jeunesse, leur âge mûr, leur âge avancé, leur vieillesse, leur caducité et leur chute ! Ces périodes de leur vie peuvent être accélérées ou retardées, perfectionnées ou corrompues selon les temps et les mœurs, selon les institutions et les loix, selon le voisinage des peuples barbares, ou l’invasion des conquérants. L’histoire des peuples n’est qu’une suite de révolutions et de réactions, dont les hommes ne sont que ses instruments, dans les desseins secrets de la nature. »

Signé Barère de Vieuzac. Sans date [vers 1830/1840 d’après l’étude du papier]


Réfléchissez-bien ! Bonne journée !

Pour évocation conforme,
Bertrand Bibliomane modene

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