lundi 10 novembre 2014

Et si le Bibliomane moderne reprenait ses bonnes vieilles habitudes ? Être curieux ! Une étiquette de libraire ... peu connu (ou pas).



Et si le Bibliomane moderne reprenait ses bonnes vieilles habitudes ? Être curieux ! Votre présence me manquait je dois bien le dire. Je suis heureux de me dire que je vais vous retrouver régulièrement pour partager quelque trouvaille ou quelle modeste connaissance bibliophilique.

Reprenons en douceur avec cette belle étiquette de libraire. Une étiquette de taille ! Elle mesure 16 x 11 cm environ. Elle est imprimée en taille-douce. Il s'agit d'un travail gravé en 1880 par P. Adolphe Varin d'après un dessin de B. L. Prévost datant de 1762. Une reprise d'un décor tout à fait XVIIIe donc.

Que nous dit cette étiquette ? Elle a été faite pour faire la promotion du libraire LEFILLEUL. Celui-ci est installé au 27, Boulevard Poissonnière à Paris. Que vend-il ? Des livres rares et curieux, des vignettes et portraits pour les illustrations des XVIIIe et XIXsiècles, des estampes du XVIIIe siècle en noir et en couleur, des dessins originaux, des oeuvres de graveurs. Une librairie qui propose du beau livre ancien et moderne illustré donc.

Je dois avouer que ce nom de libraire ne m'est absolument pas familier. Je crois même ne jamais l'avoir rencontré depuis toutes ces années à fouiner dans le monde des livres et des estampes. Qui était-il ?

Ce que l'on sait, c'est que la librairie Lefilleul existe déjà en décembre 1851 lors du coup d'état de Napoléon le Petit. On peut lire les informations suivantes (reprises du Moniteur) dans un livre paru à l'époque sur ces évènements :

« Un libraire, M. Lefilleul, établi depuis plusieurs années sur le boulevard Poissonnière, était occupé à fermer son magasin peu avant le drame du 4 décembre, quand un coup de pistolet tiré par un commis du voisinage sur un clairon de la ligne vint dissiper la foule qui se pressait à ses côtés et laissa passage libre à l’insurgé pour entrer dans la boutique. Celui-ci était suivi de près par le clairon, qui parvint à l’étendre mort derrière un comptoir, mais qui tomba lui-même sur le cadavre. D’autres soldats, venus au secours du clairon, blessent au bas-ventre le malheureux libraire, qui n’a rien vu et qu’on prend pour un adversaire. Une lutte terrible s’engage entre M. Lefilleul et un capitaine. Le premier est deux fois encore blessé à la cuisse et au bras, mais le second tombe mort sous les coups des soldats qui cherchent à le défendre. M. Lefilleul, qui, malgré ses blessures, conserve encore ses forces et son sang-froid, profite de ce terrible moment pour se dégager, et sort du magasin en y laissant trois cadavres. On espère sauver la vie de M. Lefilleul, honnête commerçant, tout à fait étranger aux passions politiques. » (*)

Victor Hugo reprendra d'ailleurs cette histoire dans son Histoire d'un crime.

Près de 30 ans plus tard, s'agit-il toujours du même Lefilleul blessé dans sa boutique boulevard Poissonnière ? Sans doute s'agit-il plus vraisemblablement de son fils et successeur.

On sait que la librairie éditait un catalogue de livres rares à prix marqués. Nous en avons retrouvé la tracer pour 1882 avec un catalogue pour janvier-février.

Jules Le Petit écrit en 1883 dans son Art de former une bibliothèque : « L'an dernier, j'ai vu quatre ou cinq cents Cazins arriver, en même temps, chez Lefilleul, un libraire du boulevard Poissonnière ; ils étaient en assez bon état et à des prix fort convenables. »

Cette famille de librairie mériterait une étude à part entière. Nous avons retrouvé la trace d'un Lefilleul libraire à Paris dès 1822. On trouve un Lefilleul libraire au 15 boulevard Poissonnière en 1835 indiqué dans le Manuel-annuaire de l'imprimerie, de la librairie et de la presse par Ferdinand Grimont.

Lefilleul s'est fait au moins une fois éditeur. On lui doit une suite de 33 estampes pour illustrer les Œuvres de Molière (Paris, Lefilleul, Librairie ancienne, 1881).

Bien que Lefilleul soit resté un nom discret dans le monde de la librairie parsisienne du XIXe siècle, et encore de nos jours, il semble qu'elle ait été un acteur majeur de la bibliopole. Sans doute les Beraldi et autres Uzanne connaissaient et fréquentaient cette échoppe qui vendait du beau livre, ou sont-ils arrivés trop tard ?

A quelle date cette librairie cessa-t-elle son activité ? Nous ne savons pas. Les recherches restent à faire. Nous avons trouvé cette information via le catalogue Data Bnf : « Vente par suite de cessation de commerce de Mme Vve Lefilleul..., de cinquante planches gravées..., illustrations pour les oeuvres de Molière..., portrait d'Honoré Fragonard..., 1885 »


Nous avons déniché un visuel de la librairie A. Lefilleul au 256, rue Saint Honoré à Paris (voir ci-dessus). Photographie carte postale probablement vers 1910. S'agit-il de la même famille de libraires ? Nous ne savons pas.

Ce petit billet pour vous remettre sur les rails du Bibliomane moderne ...
et aiguiser votre curiosité ...
Tout en douceur.

Bertrand
Bibliomane moderne

(*) LE COUP D’ÉTAT DU 2 DÉCEMBRE 1851 PAR LES AUTEURS DU DICTIONNAIRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE [Joseph Décembre et Edmond Allonier] 3e ÉDITION PARIS 1868 DÉCEMBRE-ALONNIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Le retour du Bibliomane Moderne ravit les anciens habitués ! Merci
Il s'en passait des choses dans les librairies au XIXème siècle !
Il manque la preuve du déménagement de la rue du Fbg Poissonnière à le rue St Honoré. Textor

Anonyme a dit…

Bonjour,
La librairie A. Lefilleul a été celle tenu par un certain Arsène Lefilleul, mon arrière grand-père, marié à la soeur de l'éditeur Georges Crès, des éditions Crès.
Céline Lefilleul

Bertrand Hugonnard-Roche a dit…

Merci Céline de votre message,
c'est de tels messages qui me poussent à continuer à dénicher des documents oubliés et à les partager ici,
au plaisir,
Bertrand

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