samedi 14 avril 2012

Discours de la droite administration des royaumes et républiques (1561).


L’accueil que vous avez bien voulu réserver au Livre de Police Humaine, dont les commentaires se sont prolongés bien au-delà de ce blog, sur les réseaux sociaux et dans les débats télévisés des candidats (NDLR : il paraîtrait même que Monsieur Mélanchon en aurait fait une large reprise ce soir même à Marseille), m’amène à ressortir un autre livre de Sciences Politiques que vous ne trouverez pas, celui-là, en librairie, car il ne fut imprimé qu’une seule fois et diffusé avec parcimonie.

C’est le Discours de la Droite administration des Royaumes et Républiques de Jean-Pierre Cermenate (1) (Giovanni Pietro da Cermenate), qui contient des conseils fort précieux pour gouverner correctement son royaume, en prenant exemple sur les grands hommes du passé. Machiavel ne fera pas autrement avec son Prince qui aura un succès de librairie bien meilleur.


Fig 1. Page de titre de l’édition latine du Rapsodie de Cermenati.


Tout d’abord, mettons les choses au point, la « droite administration du Royaume » (Recta regnorum ac rerumpublicarum administratione), ne signifie pas nécessairement une administration de droite. Gageons que François Hollande ou Jean-Luc Mélanchon saurons appliquer les bonnes pratiques de notre notaire.

J’ai oublié de vous dire que Jean-Pierre Cermenate était un notaire et syndic milanais qui vécut dans la première moitié du XIVème siècle. Homme de lettres, féru d’histoire, divers ouvrages consacrés à l’antiquité lui sont attribués, notamment un Tite Live et une Histoire de Milan, dont la dernière partie constitue des annales pour les années 1307 à 1313. Son style élégant et vigoureux tranche sur les habitudes de son époque. En 1312, il est mentionné comme faisant partie de l’ambassade envoyée par sa ville auprès de Guarnieri, vicaire de l’empereur Henri VII ; Il était encore vivant en 1337, avant que nous perdions sa trace (NDLR : à noter qu'il vécut à la même époque que notre cher ami Guillaume de Baskerville).

L’ouvrage fut imprimé à Lyon, à l’enseigne de la Salamandre des Frères Pénot. Brunet cite cet ouvrage à la fin de l'article consacré à Guillaume Guéroult qui en fit la traduction française qu’on trouve à la date de 1561 également, au format in-quarto, chez les Frères Pénot. (2)


Fig 2. La dédicace à Jacopo Ruppio Combrajo.


La typographie des frères Pénot, est assez belle, ils utilisent des lettrines, des culs de lampes et des bandeaux pour donner un peu de gaîté à ce petit ouvrage, qui est agréable de lire.

Sur le fond, Cermenati est pour l’égalité des citoyens, la relance de l’économie par la dépense publique et le mépris pour la langue de bois.

Chapitre 37 : Combien l’Avarice est répréhensible à un Prince, principalement quand elle a l’ambition jointe avec soi.

Chapitre 38 : Qu’il est un très bon remède pour conserver une cité en paix d’avoir soin et tout faire qu’il y ait une égalité entre les citoyens afin qu’aucuns trop élevés et enorgueillisme deviennent comme lions et loup ravissants.

Chapitre 39 : Entre les Hommes, il y en a quelques-uns qui se plaisent à brocarder et tachent de blasonner le renom de ceux qu’ils connaitraient être bien vu du Prince… alors qu’il leur serait mieux séant de défendre et garder la renommée de si vertueuses personnes des injures des maldisants ! … Fui l’accueil faux d’un vil personnage disait Horace !

Je ne peux rien affirmer mais je pense que les conseillers de Nicolas Sarkozy se sont grandement inspirés du chapitre 34 : Que le Prince doit aimer Concorde et ne lui convient avoir trop de défiance  en ses forces, quand il voit qu’il y a vicissitude et mutation de toutes choses !! (NDLR : heureusement qu'il va rencontrer Obélix... et peut-être la potion magique)

Un autre passage est valable quel que soit l’issue du scrutin : De quelle importance est la foi et combien c’est chose blâmable de ne garder point sa promesse.
 
Je vois bien que les amateurs de curiosa rongent leur frein et restent coït (NDLR : cher ami, je n'ai point voulu corriger votre mistake "coït" avec deux points sur le i ; il ne faudrait point que vous usiez d'un mot pour un autre à vos dépens). Promis, à compter du 23 Avril, Bertrand divulguera un de ces ouvrages coquins dont il a le secret, un tirage limité sur Hollande, bien sur…

Bonne Journée
Textor

(1)   Rapsodia Io Petri Cermenati, de recta regnorum ac rerumpublicarum administratione, deque principum moribus: ex optimis quibusque cum sacris, tum profanis authoribus collecta. Pet In-8 de (1) bl - 373 pp -  (3) bl -  sign.: a8,B-Z8a4, Lugduni ( Lyon) Ludouicum & Carolum Penot, fratres.

10 commentaires:

calamar a dit…

c'est très Keynésien comme inspiration !
et assez anti-Fouquets primaire, notamment le chapitre 38. Mais au moment de voter, attention à ne pas raturer le bulletin : Mélenchon, sans A.

Anonyme a dit…

Pourquoi personne ne parle d'Eva Joly? Un juge remettrait pas mal d'ordre dans tout ça et l'euro resterait l'euro. L'europe, c'est l'avenir. Nous ne sommes probablement pas prêt à tant de droiture!
Bien à vous,
Sandrine.

Bertrand Hugonnard-Roche a dit…

Sandrine, ah je vois bien là une femme prendre la défense d'une autre ! Et vous avez raison ! Mais pourquoi pas Nathalie Arthaud pendant que vous y êtes !! :-))

Blague à part, on ne parle pas d'Eva Joly, tout simplement parce qu'il n'y a rien à en dire. Non ? si ? Moi je ne la trouve pas trop sexy ... :-)

B.

Textor a dit…

C'est exact Calamar, j'ai tendance à confondre Philippe Melanchton, l'humaniste du 16ème s., et Jean Luc Mélenchon, de l'Humanité du 21ème s.

Quant à Eva Joly, j'aime bien ses lunettes verte, c'est la seule chose d'elle qui fait penser à l'écologie, non ?

T

Textor a dit…

A propos des frères Pénot ou Pesnot, on lit dans la Bibliographie Lyonnaise :

"Louis Pesnot, associé ou plutôt commanditaire des Senneton, fit aussi partie d'une autre compagnie de librairie, formée de parents et d'associés des Senneton, mais à laquelle ces derniers restèrent complètement étrangers. Cette petite société, d'abord constituée sous la raison sociale : Maurice Roy et Louis Pesnot prit à la mort du premier associé le nom de : Louis et Charles Pesnot. A la mort de Louis, la direction passa entre les mains de Charles Pesnot qui con
tinua la société sous son propre nom et l'adjoignit à la maison Senneton lorsqu'il en prit la direction.

Louis Pesnot ne laissa qu'une fille qui épousa Symphorien Béraud, libraire, dont elle eut un fils unique, Philippe Béraud. Ce dernier,agissant en qualité d'héritier de sa mère, se fit représenter à l'inventaire du comptoir de Charles Pesnot à Francfort ainsi qu'à la liquidation de la maison Pesnot dans laquelle il avait une part."

La Bibliographie lyonnaise ne récence que 7 éditions portant l’adresse des deux frères, entre 1561 et 1564, dont les deux versions, française et latine, du Rapsodia.

Textor

Anonyme a dit…

Bah, N. Arthaud ... Je préfèrais Arlette, on avait l'habitude de la voir dans le paysage de campagne.
;-).
De toute façon, je crois sans me tromper, pouvoir dire, qu'on a du mal à s'y retrouver, quand même, un peu dans cette campagne, alors que dans les articles de Textor, c'est toujours aussi instructif.
Bien à vous, Sandrine.

Pierre a dit…

Le XVIeme siècle n'a pas l'apanage des grands principes politiques à appliquer (mais inappliqués) pour une société apaisée. Le XVIIeme siècle avec les Devoirs du souverain de Sénault reprend les mêmes conseils. On trouverait le même type d'ouvrage au cours des siècles suivants et dans la plupart des discours de campagne en ce moment.

Le problème, ensuite, c'est de pouvoir se soumettre à ces bonnes intentions !

Merci, Textor, de nous démontrer que rien n'a changé depuis 5 siècles...Pierre

Textor a dit…

Pierre, j'ai peur que le changement ne soit pas de ce Monde,....dans l'autre peut-être ... :)
Textor

Olivier a dit…

La bibliophilie n'échappe pas à la campagne... LA TVA sur le livre est passée de 5 à 7.
Et, avant que Bertrand ne la fasse, si les bibliomanes n'ont rien contre un 5 à 7 en particulier, en général...
Bonne soirée,
Olivier

Textor a dit…

Olivier,
Bertrand n’a plus besoin de faire de commentaires, vous devancez ses propos !! ;)
Il aurait pu vous dire aussi : le bibliophile s’empare de la politique parce qu’il ne peut pas s’emparer de la bibliofille.
Textor

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