mardi 9 décembre 2008

Ludovic Bouland (1839-1932), docteur en médecine et bibliophile distingué




Petit billet,
juste quelques mots pour vous faire part d'une de mes dernières acquisitions dans le domaine de la bibliophilie et de l'histoire du livre, les deux aspects étant réunis, en un seul et même volume.

Il s'agit d'un mince volume in-8 (20,5 x 13,5 cm) qui contient une revue éphémère mais néanmoins fort intéressante.

"La petite revue anecdotique" paraissant le 15 de chaque mois.

Le volume regroupe les numéros 1 à 8 de cette revue, de janvier 1870 à août 1870. La pagination est continue (128 pages). Cette petite revue a son histoire, la voici brièvement résumée. Cette revue fait suite à la "revue anecdotique" continuée par "la petite revue" qui avait comme rédacteur en chef Lorédan Larchey, qui prend fin en 1867 et qu'un de ses collaborateurs, Albert de La Fizelière tenta de continuer. Quelques numéros parurent du 10 février au 15 août 1868. Il ne parut rient pendant l'année 1869, et enfin reparut la série de 8 numéros sous le titre de "La petite revue anecdotique" qui n'eut pas de suite.

On s'abonnait à cette revue chez M. Voisin, libraire, 25 rue Guénégaud. On s'abonnait pour 10 fr. par an.

Outre des anecdotes du monde littéraire, on y trouve une revue du théâtre du moment, et un intéressant (pour nous bibliophiles) "Magasin de bibliographie ancienne et moderne" et une revue des "ventes de livres rares et curieux" (nous y reviendrons dans un prochain article).

Pourquoi parler de cette petite revue, somme toute assez insignifiante ?
Parce que c'est un bibliophile de renom qui possédait l'exemplaire que j'ai entre les mains.

Ludovic Bouland, né à Metz en 1839, devenu docteur en médecine et bibliophile distingué, fonda en 1893 la Société Française de Collectionneurs d'ex libris et de reliures artistiques dont il fut le président pendant plusieurs années. Je vous laisse lire la fiche reproduite ci-dessous de Olivier Hermal Roton (Manuel de l'amateur de reliures armoriées, planche 2083).



Voici les armes apposées sur le plat supérieur du volume (en haut près du dos).


Mais ce bibliophile a "inventé" (?) un concept que je n'avais pas même imaginé possible dans le délire le plus mégalomaniaque et bibliocentrique, même de la part du bibliophile le plus egodémonstratif...

Il faisait imprimé son papier de gardes pour ses volumes, à ses initiales et à son chiffre alternés, sur fond coloré et fleurdelisé, en chromolithographie.... !!! Je n'avais encore jamais vu cela.

Evidemment, je suis preneur de toute information sur d'autres bibliophiles qui auraient eu les mêmes tendances papierdegardophiles...


Voyez plutôt.


L'exemplaire est joli, parfaitement relié en maroquin à coins, maroquin très écrasé et très poli, vert sombre, dos à nerfs filetés, filets dorés sur les plats, tête dorée, non rogné. Toute en finesse la reliure n'est pas signée, et je ne connais pas de relieur habituel pour ce bibliophile. La reliure me fait penser à une reliure de Victor Champs mais je n'ose émettre "attribué à" car les foudres...

Bref, encore un point. Ce bibliophile a réuni les 8 numéros de cette éphémère revue "bibliographique" et "bibliophilique", avec TOUTES les couvertures (plat supérieur et plat inférieur), imprimées sur un fragile papier jonquille très fin. Les couvertures sont à l'état de neuf, parfaites. Ce qui laisse penser que cet amateur gardait les numéros neufs et les a ensuite confié à son relieur préférer pour les habiller. Méthode et rigueur, plaisir et esthétisme, toute la bibliophilie est là !


Juste un mot encore, l'exemplaire a passé ensuite dans la bibliothèque de Henri Chevrier. L'exemplaire porte au contreplat son ex libris gravé sur bois et tiré sur papier Japon (s'il vous plait) et dessiné par Géo Dorival. Voyez ci-dessous.


Henri Chevrier était éditeur de cartes postales et d’estampes, il paraît avoir tenu boutique au 53 boulevard Saint-Michel (dans les années 1920-1930).

Voici donc en quelques mots et quelques images, tout un processus bibliophilique. C'est aussi ça le plaisir du bibliophile. Prendre plaisir à la bibliophilie des autres, par siècles interposés.

Bonne nuit,
Bertrand

11 commentaires:

Raphael Riljk a dit…

Précieux et désirable, comme on dit.

Fin de la revue Août 1870, probablement parce que le son du canon prussien gênait la lecture.

Il y a ceci aussi :
http://www.wellcome.ac.uk/News/2001/Features/WTX024047.htm

R.

bertrand a dit…

Je me disais bien aussi qu'il fallait se méfier des médecins-bibliophiles...

Je n'ai pas connu ce "personnage" de Bibliopolis mais je gage qu'il devait être assez curieux et fort étrange, un étudiant en médecine qui récupère une peau de femme pendant ses études (au cours d'une séance de dissection on peut imaginer...), pour faire relier un précieux volume pour sa bibliothèque....

Brrrhh !! Ca fait froid dans le dos ! On en ferait aisément un scénario crédible pour "silence des agneaux" version bibliophile...

Intéressant en tous les cas.
Merci Raphaël.

B.

bertrand a dit…

La piste Marcellin Lortic est intéressante également.
Même s'il est impossible d'avoir aucune certitude, pour avoir eu des reliures de Lortic en main, rien d'impossible. Reste à savoir si le Docteur Bouland lui était fidèle seulement ou exclusif ?

B.

pierre a dit…

Il me semble qu'il faut avoir l'esprit un peu tordu pour convoiter une reliure en peau humaine. Par contre ce papier coloré à son chiffre ; Quel ex-libris! Je suis certain que des relieurs pourraient encore tirer profit de cette idée, somme toute, pas plus mégalo qu'une autre.
Pierre

xavier a dit…

!!! un procès de sorcellerie relié en pleine peau humaine, avec un tatouage en guise de marque de possession sur le plat...quel prestige !

Une peau humaine, n'est jamais en fait qu'une peau de...truie.

Amitiés
Xavier

Raphael Riljk a dit…

Tant qu'elle reste une peau d'autrui...

R.

Bergamote a dit…

Ce livre est superbe. Et que dire des gardes... quelle excellente idée !
J'ai adoré lire ce billet :)

AF a dit…

Bonjour, cet article confirme l'originalité de ce collectionneur.

http://www.leparisien.fr/insolite/bibliotheque-de-harvard-un-livre-du-xixeme-siecle-relie-en-peau-de-femme-05-06-2014-3899957.php

Bonne journée !

AF a dit…

Bonjour, cet article confirme l'originalité de ce collectionneur.

http://www.leparisien.fr/insolite/bibliotheque-de-harvard-un-livre-du-xixeme-siecle-relie-en-peau-de-femme-05-06-2014-3899957.php

Bonne journée !

Willa Z. Silverman a dit…

Bonjour - Figurez-vous que Ludovic Bouland est un parent à Henri Vever, le bijoutier et bibliophile dont j'édite les cahiers, J'essaie de me renseigner sur le fils de ce Ludovic Bouland, qui était....prêtre à Saint-Roch. Toute information serait bienvenue.
Willa Z. Silverman/State College PA

Willa Z. Silverman a dit…

Mon mail willazahava1@gmail.com

LinkWithin

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...