mercredi 14 août 2019

Concerto pour épave bibliophilie rétivienne. Quatuor : Rétif de la Bretonne (auteur), Paul Lacroix (bibliographe), Auguste Fontaine (librairie), Adolphe Bertrand (relieur).


épave bibliophilique ...
maroquin signé Adolphe Bertrand (vers 1875) réalisé pour le libraire Auguste Fontaine


* * * *


      La rétivomanie ? ou la passion rétivienne ? Qu'est-ce donc ? C'est un excès d'amour pour les ouvrages et la personne de Rétif de la Bretonne (ou Restif de la Bretonne pour les intimes). Quid ? Je ne vous ferai pas l'injure de vous demander si vous connaissez Rétif de la Bretonne et son oeuvre. J'ai déjà publié ici ou ailleurs plusieurs billets le concernant ou concernant certains de ses ouvrages.

      Pour faire court disons que Nicolas-Edme Rétif de la Bretonne (1734-1806), né à Sacy dans l'Yonne, de parents propriétaires fermiers aisés, devient apprenti typographe chez Fournier à Auxerre avant de venir à Paris pour devenir un excellent prote (chef d'atelier de l'imprimerie) puis enfin, dès 1767, un écrivain laborieux auteur de plusieurs dizaines d'ouvrages représentant un total de plus de deux cent volumes. Polygraphe, mythomane, génial, fou, obsédé, monomaniaque, etc. L'oeuvre de Rétif est gigantesque et tentaculaire. Le plus connu de ses ouvrages restant Le Paysan perverti (1776) suivi de la Paysanne pervertie (1784). Mais plusieurs monuments tels que Les Contemporaines (1780-1792) ou les Parisiennes (1787) ont marqué son temps. Son roman autobiographique La vie de mon père (1779), s'il n'est plus guère lu aujourd'hui, peut se targuer d'être un livre profond, vrai et recelant de grandes qualités humaines autant que littéraires. Auteur de seconde zone pour la plupart des lecteurs de son temps mais aussi pour les critiques d'aujourd'hui, connu pour son style franc et direct, champion des dialogues à n'en plus finir et des descriptions sensuelles des petits pieds jolies des dames légères, Rétif a su se faire autant d'ennemis que d'amis dans le monde des lettres. Mais l'oubli l'a emporté sur tout le reste. Loin d'un Voltaire ou d'un Rousseau, pourtant animé d'une foi en lui-même et en sa valeur littéraire, plus qu'inébranlable, homme d'une grande valeur immorale dans vie privée et professant publiquement une morale sans faille dans la plupart de ses ouvrages, champion du paradoxe à outrance, il se répète sans cesse au fil des différents volumes, refaisant sa vie, aidé en cela de son imagination débordante. S'il n'est pas mort complètement oublié en 1806, âgé de 72 ans, c'est tout comme. Ses ouvrages ne s'étaient d'ailleurs pas bien vendus pour la plupart. On a retrouvé des exemplaires des Contemporaines encore brochés recouverts de papier datant des années 1820, 1830. Preuve s'il en est que des fonds de stock de l'ami Rétif traînaient encore un peu partout après sa mort dans les greniers des imprimeries de la capitale.


L'intérieur des volumes est bien préservé.


      Il faudra attendre 1854 et les travaux de Charles Monselet pour voir un frémissement d'intérêt pour ce forçat des lettres françaises. Et encore ! Faut-il dire que le livre de Charles Monselet, tiré à 500 exemplaires seulement, aura tant d'invendus, qu'il le remettra en vente sous faux titre de seconde édition (en réalité les mêmes feuilles avec un titre changé) quatre ans plus tard en 1858. Mais le véritable déclic de la passion rétivienne se situe en 1875 lorsque deux personnalités du monde du livre, un libraire avisé (Auguste Fontaine) et un incontournable bibliographe de renom (Paul Lacroix, le Bibliophile Jacob) décident ensemble de faire ce qu'on peut légitiment appeler un coup de commerce. En voici l'histoire grossièrement résumée.

      En 1875, la librairie Auguste Fontaine est bien installée. Elle propose, dans son magasin et sur catalogue, les plus beaux livres de la capitale. Paris est à ce moment là le centre de toutes les passions bibliophiliques. Les amateurs viennent de tous les pays du monde moderne (Londres, New-York, etc.) pour s'emparer des plus beaux trophées. Auguste Fontaine fut un des précurseurs du commerce du live rare et précieux dans la capitale. Ce fut vers 1854 (justement), à la retraite de son associé M. Dauvin, que Fontaine commença à s'intéresser aux livres rares. Le bibliophile Jacob écrit que "c’est Monsieur Fontaine qui a créé ce qu’on peut nommer la librairie de luxe ou l’industrie des beaux livres; c’est lui qui a remis en honneur les chefs-d’oeuvre typographiques de Pierre Didot ainé, qui a fait remonter à si haut prix les classiques français, qui a fait remonter la valeur des magnifiques éditions anciennes de Voltaire, Buffon, J.J.Rousseau qu’on avait complètement laissées de côté comme trop volumineuses". Charles Nodier de son côté nous donne d'autres informations sur la libraire Fontaine et son fonctionnement : "Il y avait à Paris plusieurs libraires qui faisaient des livres anciens mais Monsieur Fontaine était le seul à faire des livres modernes qu’il faisait habiller somptueusement par les Maîtres relieurs de cette époque, les Cuzin, Capé, David, Trautz-Bauzonnet."


L'intérieur des volumes est bien préservé.


      Fontaine était placé comme on dit. Il était devenu Libraire officiel de la Cour (sous Louis-Philippe et à la restauration de l'Empire de Napoléon III). On pouvait lire à l'époque : "Il est presque inutile de tracer le portrait de cet homme que tout Paris connait, car il n’est personne qui ne passe devant sa porte, où on le voit à chaque instant apparaître pour guetter et arrêter presque de force ses clients, sans remarquer ce petit homme gros et court, plein de bonhommie et d’exubérance, emplissant de ses éclats de voix le passage des Panoramas, dans lequel il est à l’aise comme dans ses appartements. Sa familiarité est typique et entrainante et lorsqu’il tient un client il ne le laisse jamais sortir sans lui avoir vendu quelque chose, fût-ce un volume de 1 fr 25 ou un volume de 10.000 frs". 

      C'est dire si l'homme avait de la ressource ! Mais Auguste Fontaine n'était pas seulement un faiseur d'or pour le plaisir de l'or, il avait la foi du livre, la religion du livre rare. Auguste Fontaine déclarait alors à Paul Lacroix : "L’amour des livres vient par les yeux. Mettez des livres bien reliés devant la personne du monde la plus indifférente ou même la plus ignorante, elle finira par s’y prendre comme à la vue d’un bijou, car plus on voit les beaux livres, plus on les aime". Ainsi, Auguste Fontaine, grâce à l'appui financier dû à sa réussite dans la librairie moderne, fit l'acquisition de plusieurs très grandes et prestigieuses bibliothèques de l'époque (Didot, Pichot, Potier, Turner, etc.). Ces achats à coup de centaines de milliers de francs or donnaient naissance à des catalogues de vente à prix marqués encore plus prestigieux, adornés de belles et longues notices érudites par le Bibliophile Jacob. Le premier catalogue de livres rares de la librairie Auguste Fontaine date de 1870. Les suivants seront préfacés par le Bibliophile Jacob qui apporte alors sa caution de bibliophile et de bibliographe émérite. Fontaine était alors devenu le libraire attitré du tout Paris de la finance et de l'aristocratie (et de la bourgeoisie enrichie par les affaires).

C'est en 1875 que le libraire Fontaine et Paul Lacroix donnent au public d'amateurs une Bibliographie complète (en tous cas la plus complète à cette époque) des ouvrages de Rétif de la Bretonne. Le libraire Auguste Fontaine s'en fait l'éditeur, sans doute avec l'idée précise derrière la tête de promouvoir à toutes fins utiles, les éditions anciennes de Rétif de la Bretonne. En 1875 le marché de la bibliophilie est au plus haut, les grands bibliophiles se bousculent dans les librairies anciennes de la capitale et cherchent de très belles pièces pour orner leurs rayonnages. On peut même imaginer que dans ces années 1870-1875, on pouvait encore trouver des exemplaires des ouvrages de Rétif, conservés dans leurs pauvres premières reliures souvent mal conservées. C'est un fait indéniable pour qui cherche Rétif "dans son jus", rares sont les exemplaires en reliure d'époque qui ont été finement reliés. On ne parle même pas de maroquin pour Rétif, seuls quelques rares exemplaires ont été reliés luxueusement avec la belle peau rouge ou verte (on a pu cependant croiser récemment sur catalogue quelques exemplaires présentés par les plus prestigieuses librairies françaises).

Venons-en à l'objet de ce billet. Le libraire Auguste Fontaine ne s'est pas contenté de "parrainer" Paul Lacroix pour l'établissement de sa Bibliographie des ouvrages de Rétif, qui posait les bases de la connaissance "rétivienne" mise à la portée des plus grands amateurs (le tirage de cette bibliographie n'a été cependant que de 500 exemplaires), il a fait bien plus, il a été bien plus loin. Auguste Fontaine a "ramassé" (a fait ramasser par quelques rabatteurs serait plus juste) les exemplaires des ouvrages de Rétif qui "traînaient encore" chez les libraires, les bouquinistes, dans les bibliothèques privées ou à l'encan, et il les a fait relier luxueusement ! Nous en avons la preuve sous les yeux. Et cette preuve est assez inhabituelle pour être remarquée. La voici :

Probablement vers 1874-1875, la librairie Auguste Fontaine a faire relier avec luxe en plein maroquin rouge l'édition du Paysan perverti et de la Paysanne pervertie (1776-1784), édition la plus belle et surtout la plus illustrée lorsqu'elle contient les quelques 120 figures hors-texte, la plupart d'après Binet (dessinées sur les ordres de Rétif lui-même). Comment sait-on cela ? Simple ! Basique ! (dixit Orelsan). Auguste Fontaine n'a pas résisté à l'envie (ego quand tu nous tiens) de faire dorer son nom dans la dentelle de la reliure qu'il venait de faire faire. Voyez vous-même.


Cette mention "AUGUSTE FONTAINE" se trouve sur le bord latéral extérieur de la doublure du premier plat, dans la dentelle dorée par le relieur ADOLPHE BERTRAND qui signe la reliure comme il se doit dans ce cas, dans la partie inférieure de la même doublure. Voyez-vous même.


Qui était Adolphe Bertrand ? Fléty, dans son Dictionnaire des relieurs, écrit à son sujet :

"Installé modestement sous le second Empire, il occupait en 1865 un personnel assez nombreux et s'était spécialisé dans la reliure de livres liturgiques. Son épouse, qui le secondait activement, était une descendante du relieur Bradel, inventeur du type de cartonnage qui porte son nom. Elle mourut en 1937, à l'âge de cent ans. En 1871, Adolphe Bertrand avait créé un atelier de construction de matériel pour la reliure qui subsista jusqu'en 1940 sous la direction de ses fils. L'atelier de reliure était situé, en 1860, 92 rue de l'école de médecine, avant le percement du boulevard Saint-Germain. Il fut ensuite vendu en 1881 à Rousselle qui le transfera rue de Savoie et le céda vers la fin du XIXe siècle à l'éditeur Taffin-Lefort, qui lui-même s'installa, 5 rue du Jardinet, où il subsista jusque vers 1955. Adolphe Bertrand décéda le 3 février 1932 à l'âge de 94 ans."

De cette notice on déduit que cette reliure exécutée pour le libraire Auguste Fontaine n'a pu être exécutée après 1881. La date de 1874-1875 nous semble donc tout à fait probable.

Hélas ! la reliure que nous avons en mains n'a pas gardé son lustre. L'ensemble des 8 volumes in-12 a subi les outrages d'une excessive chaleur. Nous ne savons pas vraiment si les volumes ont été exposés au feu (uniquement de dos) ou bien s'il s'agit d'une simple insolation prolongée (ce qui nous paraît plus probable). En effet, les volumes, outre des dos "cuits", restent intérieurement frais sans odeur particulière de brûlé. Misons sur des volumes qui sont restés exposés au soleil, dans une ambiance sèche, pendant des années, pendant des décennies même ! Cette reliure en grande partie détruite n'est pas restaurable et sera prochainement remplacée.

La question qui demeure est la suivante : combien d'ouvrages de Rétif le libraire Auguste Fontaine a-t-il fait relier par Adolphe Bertrand à cette époque ? Autre question : Auguste Fontaine avait-il confié la reliure d'autres ouvrages de Rétif à d'autres relieurs de cette trempe ? Il faudrait avoir en mains les exemplaires listés dans les catalogues de livres rares publiés par Auguste Fontaine entre 1875 et 1879. Ils sont dispersés aujourd'hui. Le hasard nous mettra peut-être sur leur chemin.

Auguste Fontaine meurt en février 1882 : "La librairie française vient de faire une perte très douloureuse. Monsieur Fontaine, le libraire si connu du passage des Panoramas, est mort à Paris, il y a quelques jours, après une courte et bien terrible maladie. Un phlegmon diffus, cet affreux mal qui ne pardonne presque jamais, et dont il avait sans doute en lui le germe depuis quelque temps, s’était déclaré à un doigt de pied." (notice nécrologique publiée par le Cercle de la librairie). Il n'avait que 68 ans. La librairie est laissée à son fils et à son gendre qui ne tiennent pas la distance et la cède en 1888 à Monsieur Emile Rondeau qui poursuivra un temps le commerce du live rare avec un certain succès. La guerre de 1914 mettra fin à l'aventure de nombreuses librairies prestigieuses.

Question : avez-vous déjà eu en mains un exemplaire avec cette signature dans la dorure "AUGUSTE FONTAINE" ? Si oui sur quel ouvrage ?

Comme vous voyez la bibliophilie prend des chemins détournés pour nous en apprendre et nous apprendre encore. C'est sans fin ! C'est sans doute cela qui me permet d'avoir chaque jour nouveau de nouvelles découvertes à faire. Pour mon plaisir, et le plaisir de partager avec vous.

Bonne journée
Bertrand Bibliomane moderne



épave bibliophilique ...
maroquin signé Adolphe Bertrand (vers 1875) réalisé pour le libraire Auguste Fontaine

mercredi 7 août 2019

Armoiries à identifier sur une reliure ancienne en maroquin.


armoiries à identifier


Un lecteur du Bibliomane moderne ne parvient pas à identifier ces armoiries sur une reliure ancienne (fin XVIIe siècle - Œuvres de Tacite, 1688) en maroquin. Quelqu'un parmi vous saura-t-il l'aider ?

Merci d'avance.

Bonne journée,
Bertrand Bibliomane moderne

vendredi 26 juillet 2019

Un joli catalogue de Lingerie-Sexy entièrement illustré par Aslan (ca 1960-1965)


Dans la catégorie des non-livres si chère à la librairie GODON (Lille) qui leur a consacré plusieurs catalogues très remarqués des bibliophiles curieux et désireux de sortir des sentiers battus, voici une petite perle (ou pépite, c'est selon votre goût) que nous venons juste de découvrir hier en fouillant dans nos cartons.

Il s'agit d'un petit catalogue intitulé simplement Lingerie-Sexy. La première de couverture est illustré d'une grande composition signée Aslan. Ce format 21 x 13,5 cm simplement agrafé et composé de 10 feuillets (20 pages) y compris la couverture est entièrement illustré de modèles de lingerie sexy tous dessinés par Aslan. Ce catalogue est un outil publicitaire de la société C.O.P. à Cannes, 13, rue Marcellin Berthelot. On y trouve 43 modèles de lingerie différents, tous plutôt sexy. En troisième de couverture se trouve le bon de commande (ici resté vierge). On notera des modèles de sous-vêtements, de nuisettes et autres culottes fendues aux noms évocateurs tels : Pervers (soutien-gorge découvert), Vaporeux (long déshabillé transparent), Rêve d'amour (long déshabillé transparent), Divinité (chemise de nuit en nylon vaporeux), Minimum (cache-sexe), Aguichante (nuisette nylon), ou encore les modèles Geisha, Ingénue, Saut du lit, Exciting ou encore Saut du lit, Pile ou face (culotte ouverte des deux côtés), etc.

Aucune date ne figure sur ce catalogue. Les coiffures des modèles laissent supposer une date située autour de 1960-1965. Cette plaquette a été imprimée à Monaco par l'imprimerie La Rousse.

Seule l'illustration de couverture en couleurs est signée par l'artiste en bas à droite. Les autres illustrations sont en noir et sont inédites puisqu'elles ont été spécialement dessinées par Aslan pour représenter au plus réaliste les modèles de lingerie de l'enseigne Cannoise.

Aslan, ou Alain Aslan, de son vrai nom Alain Gourdon est né à Lormont (Gironde) le 23 mai 1930 et mort le 11 février 2014 à Sainte-Adèle au Canada. Il était peintre, illustrateur et sculpteur. Il est surtout connu en France pour ses pin-up parues dans la revue Lui entre 1963 et 1981. Son frère aîné, Michel Gourdon, également illustrateur, a réalisé entre 1950 et 1978 la plupart des couvertures des romans policiers publiés aux Éditions Fleuve noir.

Ce petit catalogue publicitaire est une perle en cela qu'il réunit l'éphémère à la beauté de l'objet papier à double usage commercial et esthétique. L'exemplaire que nous vous montrons a eu les honneurs d'une protection toute sa vie durant, c'est dire qu'il est en parfait état de conservation. Une simple note énigmatique au feutre sur le bon de commande marqué LI:2. Nous ne saurons jamais ce que cela signifiait pour celui ou celle qui l'a tracée.

Voici l'intégralité de ce joli catalogue qui semble assez rare à trouver.

 







Bonne journée,
Bertrand Bibliomane moderne

mercredi 26 juin 2019

Il arrive aussi parfois que le Bibliomane se fasse plaisir ... exemplaire du librairie Pierre Berès (1913-2008) "A Gentle Madness" by Nicholas A. Basbanes (1995).



A Gentle Madness

For Pierre Berès
the outstanding
bookman of his generation,
on the occasion of a
memorable first meeting,
with the hope there will
be many more, and with
great admiration for all
you have done in the
service of books
All best wishes
Nicholas A. Basbanes
Paris
11. VII. 1997 (*)



Coll. Bertrand Hugonnard-Roche
Ancienne bibliothèque Pierre Berès

(*) traduction française de l'envoi autographe : Pour Pierre Berès remarquable homme du livre de sa génération, à l'occasion d'une  première rencontre mémorable, avec l'espoir qu'il y en aura beaucoup plus, et avec une grande admiration pour tout ce que vous avez fait au service des livres. Meilleurs vœux. Nicholas A. Basbanes. Paris. 11 juillet 1997.


Pierre Berès lors d'une vente aux enchères (photo Wikipédia)


Concernant Pierre Berès on se reportera au résumé de sa vie et de sa carrière de libraire d'exception qui a été mise en ligne sur Wikipédia.

Au delà du symbole fort, si ce volume ne me permettra pas de devenir un libraire d'exception (je me méfie par nature des êtres d'exception ...), au moins me permettra-t-il d'améliorer mon anglais ...

My tailor is rich, but some booksellers are richer !

Bertrand Hugonnard-Roche

lundi 17 juin 2019

Manuscrit autographe de Bertrand Barère de Vieuzac (1755-1841), avocat et révolutionnaire."Des peuples et des nations" (vers 1830/1840).



Bertrand Barère de Vieuzac (1755-1841)
Manuscrit autographe signé non daté (vers 1830 / 1840)
Photo : www.lamourquibouquine.com tous droits réservés


Une fois n'est pas coutume, voici un autographe qui nous a tapé dans l'oeil ! Autographophilie plutôt que bibliomanie, j'en conviens, il n'en reste pas moins que ce petit texte devrait vous frapper au coin du bon sens (paf !). Bonne lecture ! Et surtout bonne réflexion ...

Manuscrit autographe de Bertrand Barère de Vieuzac (1755-1841), avocat et révolutionnaire.

Pour bien commencer la semaine, je vous propose de secouer vos neurones encore assoupis avec ces quelques lignes autographes signées Bertrand Barère de Vieuzac (1755-1841). Ce superbe manuscrit, complet en une seule page, est intitulé : "Des peuples et des nations". L'étude du papier (papier vélin fin) indique une rédaction probable entre 1830 et 1840.


Portrait gravé de Bertrand Barère publié vers 1840.
Dessiné par Gaildrau et gravé par Berlier


Cet avocat méridional, élu à la Constituante, puis à la Convention où il est une des têtes politiques de la Plaine (la majorité des députés) avant de se rallier — comme elle et jusqu’au 9 thermidor — à la Montagne, menée par Robespierre, fut l'un des orateurs les plus importants de la Révolution : l’énoncé de ses motions et de ses rapports occupe plus de douze colonnes du Moniteur, contre huit pour Robespierre et deux pour Danton. Rapporteur attitré du Comité de salut public (où il détient le record de longévité : dix-sept mois), ses discours lui valent un succès prodigieux à la Convention : il est l’aède des soldats de l’an II avec ses carmagnoles et donne un visage avenant, par sa verve, aux mesures terroristes du gouvernement révolutionnaire, de là son surnom d’« Anacréon de la guillotine » que lui donna son collègue à la Convention Charles-Jean-Marie Alquier. Proscrit sous le Directoire, amnistié sous le Consulat et l’Empire, exilé sous la Restauration, rentré en France sous Louis-Philippe, il meurt à 85 ans, conseiller général à Tarbes. Pendant cette dernière période, il sera élu à trois reprises député par les électeurs des Hautes-Pyrénées : 1797, 1815, 1834, ces élections, sauf celle des Cent-Jours, étant à chaque fois annulées par les pouvoirs en place. Ses Mémoires ont été publiés en 1842 seulement. Nous pensons que ce petit manuscrit avait vocation à s'insérer dans ses Mémoires (même si nous ne l'y avons pas retrouvé en l'état). En lisant ce manuscrit on peut se faire une idée juste de ce qu'était un révolutionnaire éclairé. Son texte est net, concis et limpide, tout ce qui manquera à beaucoup de révolutionnaires de 1789 (Robespierre par exemple - grâce à qui de nombreux auditeurs ont dû prolonger plus d'une sieste à l'assemblée). J'ai fait l'acquisition de ce texte de Barère parce qu'il m'a frappé, terriblement secoué par les vérités qu'il contient, si simplement énoncées, si proches de nos préoccupations en ce début de XXIe siècle frémissant. A la lecture de ce document, on ne peut s'empêcher de souhaiter de nouveaux Barère à la tribune.

Voici la transcription du texte :

« Des peuples et des nations »

« La vie des nations est comme la vie des individus, elle se compte par siècles, comme celle des hommes se compte par années. La vie des nations a sa marche ascendante et sa marche descendante. Elle a ses âges, ses périodes, depuis sa naissance jusqu’à sa fin. La longévité des nations est comme la longévité des individus, soumise aux influences du climat, des mœurs et du caractère originaires  des institutions morales et politiques, et de l’esprit différent des siècles. De même la civilisation, qui est la vie intellectuelle des peuples, a ses périodes, ses progrès, ses obstacles, ses erreurs dominantes, ses corruptions inévitables, sa décadence et sa chute. La terre est couverte de ruines des diverses civilisations plus ou moins perfectionnées, plus ou moins utiles au genre humain, et plus ou moins longues de durée. Enfin l’histoire des hommes nous apprend que les peuples ont leur enfance, leur jeunesse, leur âge mûr, leur âge avancé, leur vieillesse, leur caducité et leur chute ! Ces périodes de leur vie peuvent être accélérées ou retardées, perfectionnées ou corrompues selon les temps et les mœurs, selon les institutions et les loix, selon le voisinage des peuples barbares, ou l’invasion des conquérants. L’histoire des peuples n’est qu’une suite de révolutions et de réactions, dont les hommes ne sont que ses instruments, dans les desseins secrets de la nature. »

Signé Barère de Vieuzac. Sans date [vers 1830/1840 d’après l’étude du papier]


Réfléchissez-bien ! Bonne journée !

Pour évocation conforme,
Bertrand Bibliomane modene

samedi 15 juin 2019

Complément d'article sur la "roulette dorée au dauphin couronné".

C'est avoir un immense plaisir que nous avons reçu hier la communication suivante, que nous avons plaisir à vous communiquer en retour avec l'autorisation de son auteur. 

Si vous-même souhaitez participer à la vie du Bibliomane moderne comme d'autres l'ont fait par le passé, n'hésitez pas à nous joindre par email à contact@lamourquibouquine.com


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Cher Monsieur,

Ayant lu avec beaucoup d’intérêt l’article que vous avez consacré à la roulette dorée au dauphin couronné, publié sur votre blog en mai 2010, je me permets de vous transmettre les notices abrégées des ouvrages conservés à la bibliothèque du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères portant ce motif sur le dos de leur reliure :

·         La vie de la vénérable Mère Jeanne-Marie Chézard de Matel, fondatrice des religieuses de l'ordre du Verbe incarné / Antoine Boissieu. Lyon : chez Molin et Barbier, 1692. 399 p. ; in-8°. Bibliothèque du MEAE, Fg 49
·         Histoire ancienne des Egyptiens, des Carthaginois, des Assyriens, des Babyloniens, des Mèdes et des Perses, des Macédoniens, des Grecs... / Charles Rollin. Paris : chez la veuve Estienne, 1740. 6 vol. ; in-4°. Bibliothèque du MEAE, 26 P 1
·         Description géographique, historique, chronologique, politique et physique de l’empire de la Chine et de la Tartarie chinoise / Jean Baptiste Du Halde. Paris : P. G. Le Mercier, 1735. 4 vol. ; gr. in-fol. Bibliothèque du MEAE, 31 G 2
·         De officiis magnae ecclesiae et auloe constantinopolitanae... / Georgius Codinus. Parisiis : e typographia regia, 1648. 422 p. ; in-fol. Bibliothèque du MEAE, 35 G 5
·         Codex juris gentium diplomaticus / Gottfried Wilhelm Leibnitz. Hannoverae : impensis Samuelis Ammnii, 1693. 479 p. ; in-8°. Bibliothèque du MEAE, 85 A 4
·         Almanach royal pour l’an … Paris : chez Laurent d’Houry, 1716-1717. 2 vol. ; in-8°. Bibliothèque du MEAE, Rés. C 12
·         Gazette. Paris : du bureau d’adresse, aux galleries du Louvre, 1688 ; 1690-1691 ; 1692-1693 ; 1694-1695. 4 vol. ; in-4°. Bibliothèque du MEAE, 01 Az 51

                                  

                             31 G 2                                                                              35 G 5


Sans pouvoir présumer de la date à laquelle ces documents ont été reliés, on peut constater que les dates d’édition s’échelonnent entre 1648 et 1740. Je ne doute pas que vous pourrez tirer le meilleur parti de ce relevé.
                                             
Bien cordialement.

Lionel Chénedé.

Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères
Direction des Archives (département de la Bibliothèque)
Chef du pôle Fonds ancien
3, rue Suzanne Masson
93126 La Courneuve cedex
Tél. 01 43 17 50 14

       Bibliothèque diplomatique numérique (aller à l'accueil)
Une bibliothèque numérique Gallica marque blanche pour le MEAE : bibliotheque-numerique.diplomatie.gouv.fr

mercredi 5 juin 2019

Chansons (paillardes) ou le curiosa qui résiste à nos investigations ... 20 illustrations au trait par un artiste inconnu (réservé aux adultes).


Premier plat de couverture

Voici le cas d'école qui arrive parfois au libraire ou à l'amateur : un livre qui résiste à toutes nos investigations, sur lequel on ne trouve rien, un livre qui n'est référencé nulle part ... sauf erreur et omission de notre part bien évidemment (il faut savoir rester prudent).

- Pas dans Dutel (Bibliographie des livres érotiques publiés clandestinement)
- Pas dans Pia (livres de l'Enfer)
- Pas dans la vente Gérard Nordmann
- nous n'avons rien trouvé qui ressemble dans les résultats de vente aux enchères
- nous n'avons jamais croisé auparavant cet "illustrateur" dont le style est affirmé

Bref. Nada !


Quatrième de couverture


Page de titre


Page de justification


Page de numérotation



Première page de chanson



Page de texte suivant la première page de chanson
(le texte est imprimé assez médiocrement, certainement en cliché photogravure)

Je vais essayer de vous décrire ce mystérieux volume de la façon la plus précise qui soit.

Il s'agit d'un volume broché de format in-4, soit 25,2 x 19,2 cm recouvert d'une couverture de papier marron légèrement chiné (sans rabats). Le premier plat de la couverture est imprimé en noir du simple titre "Chansons" et orné d'une illustration en noir également (deux hippocampes se tournant le dos). Le dos de la couverture est muet. La quatrième de couverture est ornée d'une vignette ronde de 40 mm de diamètre (un chanteur en train de chanter), vignette qui est sans conteste de la même main que les illustrations hors-texte dans le volume. Le volume s'ouvre sur un feuillet blanc. Vient ensuite la page de titre qui est identique à la couverture. Vient ensuite un feuillet de justification du tirage imprimé au recto unique, en bas à droite on lit : il a été tiré de cet ouvrage quarante exemplaires numérotés de 1 à 40 sur papier Japon Impérial et cinq cents exemplaires numérotés de 41 à 540 sur vélin pur fil et Madagascar Lafuma. Vient ensuite un feuillet comportant la numérotation avec imprimé : Exemplaire numéro 208. 208 étant imprimé au composteur. Viennent ensuite les feuillets de texte en commençant par la chanson initulée Les Filles de Camaret. Voici la liste complète des chansons comprises dans ce volume :

- Les filles de Camaret
- Les trois orfèvres
- Le plaisir des dieux
- Les moines de Saint-Bernardin
- La femme du vidangeur
- Vivre sans souci
- La patrouille
- A Gennevilliers
- La femme du roulier
- Le père Dupanloup
- Le cordonnier Pamphile
- Jean Gilles
- Chanson de Lourcine
- La ceinture
- O mon berger fidèle
- Les cent louis d'or
- Le grenadier de Flandre
- Les poils du cul
- En revenant de Lonjumeau
- Le brick goélette

Soit 20 chansons auxquelles répondent 20 illustrations hors-texte imprimées en noir au trait. Les illustrations hors-texte sont toutes de la même main, évidemment non signées. Elles mesurent environ 16,3 x 11,3 cm et sont circonscrites dans un cadre rectangle de cette dimension, bien défini. Concernant le texte des chansons qui précède chaque illustration hors-texte, il n'est pas paginé et peut varier de 4 pages à 6 pages environ. La première page de chaque chanson donne la partition avec les paroles, les feuillets suivant uniquement les paroles. Chaque début de page de texte de chanson est illustré d'une lettrine, qui n'est pas érotique (ou si peu). A noter que dans notre exemplaire (1 des 500 exemplaires sur vélin pur fil) les pages de texte sont imprimées effectivement sur papier vélin pur fil ivoire tandis que les hors-texte sont imprimés sur papier Madagascar Lafuma. Le volume s'achève sur un feuillet blanc. Aucune autre indication.





















Les 20 illustrations hors-texte 16,3 x 11,3 cm environ

Nous avons essayé de vous montrer en photo dans ce billet tout ce qui compose ce volume. Vous pouvez ainsi juger du style de l'illustrateur et de la mise en page caractéristique.

Que dire de plus ? Qu'on n'est pas plus avancé ! Mais que ce livre est assez joli. Les illustrations sont franchement érotiques avec une certaine dose de gigantisme dans la mise en image du sexe masculin. Un indice ? Ces illustrations sont-elles à la base des gravures sur bois ? sur linoléum ? Nous ne savons pas. Ce qui ressort de ces illustrations typiques est que l'artiste me semble très influencé par l'imagerie rabelaisienne. On y retrouve des influences de Gustave Doré (Contes drolatiques de Balzac). L'artiste abuse des hachures pour donner du relief et des ombres à ses dessins. Je laisse à chacun se faire une idée plus précise sur cet artiste dont nous n'avons pas retrouvé le trait dans aucun des livres érotiques illustrés que nous connaissons.

Ce recueil de chansons paillardes, chansons à boire pour les uns, chansons cochonnes pour les autres, est intéressant à plus d'un titre comme nous pouvons le voir en admirant le talent de l'artiste qui l'a illustré. Peut-être en saurons-nous plus un de ces jours ...

Vos remarques et suggestions seront précieuses pour tous les amateurs. Merci.

Bonne journée,
Bertrand Bibliomane moderne

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